NOTRE MÉTHODE

Rarement avons-nous vu faillir à la tâche celui qui s’est engagé à fond dans la même voie que nous. Ceux qui ne se rétablissent pas sont des gens qui ne peuvent pas ou ne veulent pas se soumettre complètement à ce simple programme. Ce sont d’habitude des hommes et des femmes qui sont naturellement incapables d’être honnêtes envers eux-mêmes.
Il y en a de ces malheureux. Ce n’est pas leur faute, ils semblent être nés ainsi. Leur nature ne leur permet pas de comprendre et de mettre en pratique une façon de vivre qui exige une rigoureuse honnêteté. Leurs chances de réussir se situent au-dessous de la moyenne. Il y a aussi ceux qui souffrent de graves désordres émotifs et mentaux; mais plusieurs d’entre eux se rétablissent s’ils sont capables d’honnêteté.
Les récits de nos vies révèlent, de façon générale, ce que nous étions, ce qui nous est arrivé et comment nous sommes maintenant. Si vous avez décidé que vous voulez ce que nous avons et que vous voulez tout faire pour l’obtenir, alors vous êtes prêts à prendre certaines mesures.

Devant certaines de ces étapes, nous avons hésité. Nous avons cru pouvoir trouver une méthode plus facile, plus douce. Mais ce fut impossible. Avec toute l’ardeur que nous avons, nous vous supplions d’être sans crainte et sincères dès le début. Certains d’entre nous ont tenté de s’accrocher à leurs vieilles idées, mais le résultat a été nul tant qu’ils ne se sont pas complètement abandonnés. N’oubliez pas que nous avons affaire à l’alcool, qui est puissant, déroutant, sournois !
Sans aide, c’est trop pour nous. Mais il y a un Être qui a tout pouvoir, et cet Être, c’est Dieu. Puissiez-vous Le découvrir maintenant !

Les demi-mesures ne nous ont rien donné. Nous nous trouvions à un tournant de notre vie. Nous avons demandé Sa protection et Son aide et nous nous sommes abandonnés à Lui complètement.
Voici les étapes que nous avons suivies et que nous proposons comme programme de rétablissement :
1. Nous avons admis que nous étions impuissants devant l’alcool — que nous avions perdu la maîtrise de notre vie.
2. Nous en sommes venus à croire qu’une Puissance supérieure à nous-mêmes pouvait nous rendre la raison.
3. Nous avons décidé de confier notre volonté et notre vie aux soins de Dieu tel que nous Le concevions.
4. Nous avons procédé sans crainte à un inventaire moral, approfondi de nous-mêmes.
5. Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à un autre être humain la nature exacte de nos torts.
6. Nous étions tout à fait prêts à ce que Dieu élimine tous ces défauts.
7. Nous Lui avons humblement demandé de faire disparaître nos défauts.
8. Nous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées et nous avons consenti à réparer nos torts envers chacune d’elles.
9. Nous avons réparé nos torts directement envers ces personnes dans la mesure du possible, sauf lorsqu’en ce faisant, nous risquions de leur nuire ou de nuire à d’autres.
10. Nous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous nous en sommes aperçus.
11. Nous avons cherché par la prière et la méditation à améliorer notre contact conscient avec Dieu, tel que nous Le concevions, Lui demandant seulement de connaître Sa volonté à notre égard et de nous donner la force de l’exécuter.
12. Ayant connu un réveil spirituel comme résultat de ces étapes, nous avons alors essayé de transmettre ce message à d’autres alcooliques et de mettre en pratique ces principes dans tous les domaines de notre vie.

Plusieurs d’entre nous se sont exclamés : « C’est trop difficile ! Je ne pourrai pas y arriver. » Ne vous découragez pas. Personne d’entre nous n’a réussi à mettre en pratique ces principes à la perfection. Nous ne sommes pas des saints. Ce qui compte, c’est que nous sommes disposés à progresser selon des principes spirituels.
Les principes que nous avons énoncés sont des guides vers la croissance. Nous parlons de croissance spirituelle plutôt que de perfection spirituelle.

Notre description de l’alcoolique, le chapitre consacré aux agnostiques et nos aventures personnelles avant et après notre rétablissement font ressortir trois choses importantes :
a) Nous étions alcooliques et incapables de prendre notre vie en main.
b) Probablement qu’aucune puissance humaine n’aurait pu nous délivrer de notre alcoolisme.
c) Dieu pourrait le faire et le ferait si nous Le recherchions.
Des centaines de milliers d'alcooliques y croient et sont sobres pour aujourd'hui.

Dès lors convaincus, nous sommes arrivés à la Troisième Étape, celle de la décision de confier notre volonté et notre vie aux soins de Dieu tel que nous Le concevions. Qu’entendons-nous par là et que faut-il faire ?
La première condition est d’avoir la conviction qu’une vie menée selon notre volonté personnelle peut difficilement être réussie. En agissant ainsi, nous entrons presque toujours en conflit avec quelque chose ou quelqu’un, même si nos intentions sont bonnes. La plupart des gens essaient de vivre en ne comptant que sur eux-mêmes. Chacun se comporte comme un acteur qui veut diriger tout le spectacle ; il essaie sans cesse de régler à sa façon l’éclairage, la chorégraphie, le décor, et de diriger les autres acteurs. Si seulement tout restait tel qu’il l’a voulu, si seulement les autres faisaient ce qu’il souhaite, le spectacle serait un succès. Tout le monde, y compris lui-même, serait content. La vie serait magnifique. Dans ses efforts pour tout mettre en place, notre acteur peut parfois se montrer très vertueux. D’une part, il peut être bon, attentionné, patient, généreux, même humble et plein d’abnégation. D’autre part, il peut être mesquin, égoïste, infatué et malhonnête. Comme la plupart des êtres humains, il est probable qu’il a divers traits de caractère. Que se passe-t-il habituellement ? Le spectacle ne se déroule pas très bien. L’acteur commence à croire que la vie est injuste envers lui. Il décide de se forcer davantage. La fois suivante, il devient plus exigeant ou plus bienveillant, selon le cas. Mais la pièce ne le satisfait toujours pas. Tout en reconnaissant sa part de responsabilité, il est convaincu que les autres ont encore plus de torts. Il se fâche, s’indigne et s’apitoie sur son sort. Quel est son problème fondamental ? Ne recherche-t-il pas sa propre satisfaction, même lorsqu’il essaie d’être bon avec les autres ? N’est-il pas victime de l’illusion que l’on peut tirer bonheur et satisfaction de ce monde à la seule condition de savoir s’y prendre ? N’est-il pas évident pour le reste des acteurs que c’est à cela qu’il travaille ? Son attitude n’entraîne-t-elle pas les autres à se venger en retirant du spectacle tout ce qu’ils peuvent ? Même dans ses meilleurs moments, ne crée-t-il pas plus de confusion que d’harmonie ?
Notre metteur en scène ne pense qu’à lui ou, pour employer un terme à la mode, c’est un égocentrique. Il est comme l’homme d’affaires à la retraite qui se prélasserait sous le soleil de la Floride en se plaignant de l’état pitoyable de la nation, comme le pasteur du
culte qui soupirerait sur les péchés du XXe siècle, comme l’homme politique et le réformateur, convaincus que la terre serait un paradis si seulement le reste du monde était meilleur ; comme le pilleur de coffres-forts qui trouverait que la société est injuste envers lui ; enfin, comme l’alcoolique qui a tout perdu et qui est enfermé. Quelles que soient nos protestations, ne sommes-nous pas, pour la plupart, tournés sur nousmêmes,
sur nos ressentiments ou notre apitoiement ?
Égoïsme et égocentrisme, c’est là, croyons-nous, la source de nos problèmes. Animés par une centaine de sortes de peurs, déçus de nous-mêmes, ne recherchant que nos intérêts et nous apitoyant sur notre sort, nous marchons sur les pieds de nos semblables et ils réagissent. Ils nous blessent parfois, apparemment sans avoir été provoqués, mais invariablement, nous découvrons que dans le passé, nous avons pris une décision égoïste qui nous a exposés à être blessés plus tard.
Nous sommes donc les principaux artisans de nos malheurs. Ils viennent de nous, et l’alcoolique fournit l’exemple parfait de la volonté personnelle déchaînée, même si, la plupart du temps, il ne s’en rend pas compte. Avant toute chose, nous, les alcooliques, devons nous corriger de notre égoïsme, sinon il nous tuera !
Et avec Dieu, c’est possible. Il semble souvent que seule Son aide puisse nous libérer totalement de nous-mêmes.
Nous étions nombreux à nous nourrir de toutes les convictions morales et philosophiques imaginables, et nous aurions bien aimé pouvoir vivre selon nos principes, mais nous en avons été incapables. Nous n’avons pas non plus réussi à réduire de beaucoup notre égocentrisme par notre seul désir ou en comptant sur notre propre force. Il nous fallait l’aide de Dieu.
Voilà le pourquoi et le comment de notre méthode.
D’abord, nous avons dû cesser de jouer à Dieu car cela ne donnait rien. Nous avons ensuite décidé que dorénavant, Dieu serait le Metteur en scène de la pièce qu’est notre vie. Il est le Directeur et nous sommes ses agents. Il est le Père et nous sommes ses enfants. Ce concept, simple comme la plupart des bonnes idées, fut la clé de voûte de l’arche nouvelle et triomphante qui s’ouvrait sur notre liberté. Après avoir adopté cette position en toute sincérité, toutes sortes de choses remarquables se sont produites.
Nous avions un nouvel Employeur. Étant tout-puissant, Il pourvoyait à nos besoins à condition que nous restions près de Lui et que nous fassions bien Son travail. Bien établis dans notre nouvelle attitude, nous avons cessé progressivement de nous intéresser à notre moi, à nos petits projets et desseins personnels. De plus en plus, nous cherchions à apporter notre contribution à la vie. Au fur et à mesure que nous sentions en nous une force nouvelle, que la paix s’installait dans notre esprit, que la réussite de notre vie devenait chose possible, à mesure que nous devenions conscients de Sa présence, nous avons commencé à perdre notre peur d’aujourd’hui, de demain et de l’avenir. Nous naissions à nouveau. Nous en étions alors à la Troisième Étape. Plusieurs d’entre nous ont adressé à notre Créateur, tel que nous Le concevions, la prière suivante : « Mon Dieu, je m’offre à vous pour que vous fassiez de moi et avec moi comme bon Vous semble. Délivrez-moi de l’esclavage de l’égoïsme pour que je puisse mieux faire Votre volonté. Éloignez de moi les difficultés de sorte que ma victoire sur elles soit, pour ceux et celles que j’aurai aidés, un témoignage de Votre force, de Votre amour et de Votre mode de vie. Que j’accomplisse toujours votre volonté ! » Nous avons mûrement réfléchi avant de franchir cette étape car nous voulions être bien prêts ; nous voulions être sûrs qu’enfin, nous pouvions nous abandonner à Lui complètement.
Nous avons grandement souhaité faire cette étape spirituelle en compagnie d’une personne compréhensive comme notre femme, un ami intime ou notre guide spirituel.
Toutefois, mieux vaut la solitude pour rencontrer Dieu que la présence de quelqu’un qui pourrait ne pas comprendre. Bien sûr, les mots utilisés dans cette circonstance importaient peu, mais l’idée devait être bien exprimée et cela, sans réserve. Ce n’était qu’un début ; si cet abandon était fait honnêtement et humblement, l’effet, souvent très grand, se faisait sentir immédiatement.

Ensuite, nous nous sommes lancés dans un vigoureux programme d’action dont la première phase consistait en un sérieux ménage intérieur, chose que nombre d’entre nous n’avions jamais tenté de faire. Toute vitale et cruciale que fut la décision de nous abandonner, elle ne pouvait avoir d’effet permanent sans être tout de suite suivie d’un gros effort pour faire face aux obstacles qui intérieurement nous avaient nui, et pour les éliminer. Notre problème d’alcool n’était qu’un symptôme. Nous devions donc nous attaquer aux causes. Nous avons donc commencé par un inventaire personnel. C’était la Quatrième Étape. Une entreprise dont on ne fait pas l’inventaire régulièrement est vouée à la faillite. Dresser un inventaire commercial consiste à recueillir des faits et à les examiner. On essaie de bien connaître les marchandises en stock. Un des buts de l’opération est de déterminer quelles sont les marchandises endommagées ou impropres à la vente, puis de s’en débarrasser rapidement et sans regret. Si un chef d’entreprise veut réussir, il ne doit pas se leurrer sur la valeur de son actif. C’est précisément ce que nous avons fait avec nos vies. Nous avons réuni les faits honnêtement. D’abord, nous avons cherché les faiblesses de notre personnalité qui avaient causé notre faillite. Convaincus que notre moi, sous toutes ses formes, avait entraîné notre perte, nous avons étudié les façons dont il se manifestait le plus souvent.
Le ressentiment est l’ennemi « n°1 ». Ce sentiment détruit plus d’alcooliques que toute autre chose. Il donne lieu à toutes les formes de maladies spirituelles car nous étions atteints non seulement mentalement et physiquement, mais spirituellement aussi. D’ailleurs, quand la maladie spirituelle n’y est plus, nous nous relevons physiquement et mentalement. Pour examiner nos ressentiments, nous avons inscrit ceux-ci sur une feuille. Nous avons dressé la liste des personnes, des institutions ou des principes qui suscitaient notre colère. Nous nous sommes demandé pourquoi nous étions fâchés. Nous avons trouvé que, la plupart du temps, nous nous sentions blessés ou menacés dans notre amour-propre, notre porte-monnaie, nos ambitions et nos relations personnelles (y compris sur le plan sexuel). Cela nous faisait souffrir et même enrager.
Sur la liste de nos ressentiments, nous avons aussi inscrit, vis-à-vis de chaque nom, la nature de notre blessure en nous demandant quel aspect de notre vie avait été atteint : notre amour-propre, notre sécurité, nos ambitions, nos relations personnelles, nos relations sexuelles ?
Nous avons passé notre vie en revue. Rien n’avait plus d’importance que d’être précis et d’honnête. Puis, nous avons soigneusement analysé ce qui en ressortait.
Nous avons d’abord remarqué que notre entourage et le monde entier avaient souvent tort. Nous n’étions jusque-là jamais allés plus loin que de conclure que les autres étaient fautifs. Il en résultait naturellement qu’ils continuaient de nous causer du tort et de nous irriter. Parfois, il nous arrivait d’avoir des remords, ce qui revient à dire que nous nous irritions contre nous-mêmes.
Mais plus nous nous efforcions d’imposer nos volontés, plus les choses s’aggravaient. Comme à la guerre, le vainqueur ne l’était qu’en apparence. Nos moments de triomphe étaient brefs.
Une chose est claire : celui qui vit dans le ressentiment profond finit par mener une existence futile et malheureuse. Dans la mesure exacte où nous nous laissons aller à ce sentiment, nous gaspillons un temps précieux qui autrement, pourrait être employé avec profit. Mais pour l’alcoolique, dont le salut dépend du maintien et de l’évolution de son expérience spirituelle, le ressentiment est extrêmement grave. Il nous est même fatal car en cultivant notre rancune, nous nous coupons de la lumière de l’Esprit. La démence de l’alcool revient et nous recommençons à boire. Et pour nous, boire c’est mourir.
Si nous voulions vivre, nous devions nous libérer de la colère. Les crises et l’irritabilité ne sont pas pour nous. Les gens normaux peuvent peut-être s’offrir ce luxe douteux mais pour les alcooliques, c’est un poison. Nous sommes retournés à notre liste, car la clé de notre vie future s’y trouvait. Nous étions disposés à l’examiner dans un esprit totalement différent. Nous avons constaté que nous nous étions vraiment laissés dominer par le monde et par nos semblables. C’est pourquoi les travers des autres, qu’ils fussent réels ou imaginaires, pouvaient effectivement nous tuer. Comment échapper au danger ? Il était clair que nous devions dominer nos ressentiments. Mais comment y parvenir ? Pas plus que pour l’alcool, nous ne pouvions nous contenter d’espérer qu’ils disparaîtraient. Voici ce que nous avons fait. Nous nous sommes rendu compte que ceux qui nous avaient causé du tort pouvaient être malades spirituellement. Même si leurs symptômes et les ennuis qu’ils nous causaient nous irritaient, ils étaient tout comme nous, des malades. Nous avons demandé à Dieu de nous aider à leur démontrer la même tolérance, la même pitié et la même patience que nous aurions été heureux de témoigner à un ami malade. Lorsqu’une personne nous blessait, nous nous disions : « Elle est malade. Que puis-je faire pour l’aider ? Mon Dieu, gardez-moi de la colère. Que Votre volonté soit faite. »
Nous évitions la vengeance et les disputes, comme nous l’aurions fait avec une personne malade. Si nous n’avions pas agi ainsi, nous aurions perdu nos chances de nous rendre utiles. Nous ne pouvons pas venir en aide à tout le monde, mais au moins, grâce à Dieu,
nous apprenons à être bons et tolérants envers tout un chacun. Nous sommes revenus à notre liste. En ne tenant pas compte des torts des autres envers nous, nous avons résolu d’examiner nos propres fautes. Dans quels cas avions-nous été égoïstes, malhonnêtes, calculateurs et effrayés ? En face d’une situation donnée dont nous n’étions pas entièrement responsables, nous tentions de faire totalement abstraction de l’autre personne en cause. Étions-nous à blâmer ? Nous faisions notre inventaire à nous, pas celui de l’autre. Quand nous constations nos fautes, nous les prenions en note. Elles étaient là, écrites noir sur blanc. Après avoir honnêtement reconnu nos torts, nous avons consenti à les redresser.
La peur était comme un fil mauvais et pourri, la trame sur laquelle nos existences étaient tissées. Elle a engendré des situations qui nous ont causé des malheurs que nous ne croyions pas avoir mérités. Mais n’avions-nous pas été à l’origine de tout cela ?
Il nous arrive parfois de penser que la peur est aussi grave que le vol ; elle semble même entraîner plus d’ennuis.
Nous avons soigneusement passé en revue toutes nos craintes en les écrivant, même si aucun ressentiment n’y était rattaché. Nous nous sommes interrogés sur la cause de nos peurs. N’était-ce pas parce que notre autosuffisance nous avait lâchés ? L’autosuffisance nous avait servis jusqu’à un certain point, mais pas encore assez. Certains parmi nous avaient déjà eu une grande confiance en eux-mêmes mais cela n’avait pas suffi pour venir à bout de leurs peurs et autres difficultés. Lorsque notre peur nous rendait suffisants, c’était encore pire.
Nous croyons qu’il existe peut-être une meilleure méthode car maintenant nous avons d’autres assises :
la confiance en Dieu et l’abandon à Ses soins. Plutôt que de nous fier à notre moi limité, nous faisons confiance à un Dieu infini. Nous sommes dans le monde pour tenir le rôle qu’Il nous a assigné. Dans la mesure où nous faisons ce que nous croyons qu’Il veut et
où, humblement, nous nous en remettons à Lui, Il nous aide à accepter les calamités avec sérénité. Jamais nous ne nous excusons auprès de quiconque de dépendre de notre Créateur. Nous pouvons faire fi de ceux qui considèrent la spiritualité comme la voie de la faiblesse. Au contraire, elle est plutôt la voie de la force. L’histoire a démontré que la foi est synonyme de courage. Tous les hommes de foi ont du courage. Ils ont confiance en leur Dieu. En aucun cas nous n’avons à nous excuser à cause de Dieu. Nous Le laissons plutôt démontrer, à travers nous, ce qu’Il peut faire. Nous Lui demandons de nous libérer de notre peur et de nous faire voir ce qu’Il attend de nous. Dès lors, nous sentons la crainte nous quitter. Venons-en maintenant à la question sexuelle. Plusieurs d’entre nous avaient besoin d’une réforme dans ce domaine. Mais avant tout, nous avons tâché de faire preuve de bon sens sur cette question, car il est très facile de s’égarer. C’est un point sur lequel les opinions sont parfois diamétralement opposées, et vont peut-être à des extrêmes absurdes. D’une part, il y a ceux pour qui les relations sexuelles ne font que satisfaire les bas instincts et sont nécessaires pour procréer. D’autre part, il y a ceux qui en redemandent toujours davantage ; ils s’en prennent à l’institution du mariage; ils considèrent que la plupart des problèmes du genre humain sont, au fond, des problèmes d’ordre sexuel. Ils croient que leurs relations ne sont pas assez fréquentes ou qu’elles ne sont pas bonnes. Tout leur semble relever de la vie sexuelle. Pour les uns, le piment de la vie devrait être interdit, pour les autres, seul le piment devrait compter. Nous ne voulons pas entrer dans cette controverse. Nous ne voulons pas arbitrer la conduite sexuelle de quiconque. Nous avons tous des problèmes de sexualité. Nous ne serions pas tout à fait humains si nous n’en avions pas. Mais comment les résoudre ? Nous avons analysé notre conduite des années passées. Quand avions-nous fait preuve d’égoïsme, de malhonnêteté ou de manque de considération ? Qui avions-nous blessé ? Avions-nous inutilement suscité la jalousie, la méfiance ou la rancune ? Où étaient nos erreurs et qu’aurions-nous dû faire à la place ? Nous avons tout inscrit sur une feuille et nous avons examiné le résultat. En agissant ainsi, nous avons tenté de nous tracer pour l’avenir un idéal de vie sexuelle sensé et réaliste. Pour chaque relation, nous nous sommes posé la question suivante : avions-nous été égoïstes ou non ? Nous avons demandé à Dieu de nous façonner un idéal et de nous aider à nous y conformer. Toujours, nous gardions à l’esprit que nos facultés sexuelles nous ont été données par Dieu et que, par conséquent, elles ne pouvaient pas être mauvaises ; nous ne pouvions pas non plus en user à la légère ou égoïstement, pas plus que nous devions les mépriser ou les avoir en aversion. Quel que soit l’idéal adopté, nous devons toujours tendre à nous en approcher pour grandir. Nous devons être prêts à réparer les torts que nous avons causés pourvu que cette réparation ne cause pas des torts plus graves encore. En d’autres mots, nous traitons la question sexuelle comme toutes les autres. Dans nos méditations, nous demandons à Dieu ce que nous devons faire devant chaque situation spécifique. La bonne réponse nous sera donnée si nous le désirons. Dieu seul peut juger notre vie sexuelle. Souvent nous aimions prendre conseil auprès d’autres personnes, mais nous laissons Dieu être le dernier juge. Nous avons constaté qu’autant certaines personnes sont fanatiques pour tout ce qui a trait au sexe, autant d’autres sont sans limites. Nous évitons les points de vue extrêmes ou les conseils excessifs. Supposons que nous manquions à notre idéal. Allons-nous aller boire pour autant ? Certains sont de cet avis.Mais ce n’est qu’une demi-vérité. Tout dépend de nous et de nos motifs. Si nous regrettons notre erreur et que nous avons le désir sincère de laisser Dieu nous guider vers des choses meilleures, nous croyons que nous serons pardonnés et que nous aurons appris notre leçon. Si nous n’éprouvons aucun regret et que notre conduite continue de léser les autres, il est à peu près sûr que nous recommencerons à boire. Nous ne faisons pas de la théorie. Nous nous fondons sur des faits tirés de notre expérience. Résumons : en matière de vie sexuelle, nous prions ardemment pour le juste idéal, la ligne de conduite à suivre dans chaque situation critique, le bon sens et la force de faire ce qui est bien. Si notre vie sexuelle nous cause de graves ennuis, nous nous mettons encore plus au service des autres. Nous pensons à leurs besoins et tâchons de les aider à les combler. Cela nous force à nous oublier. Le don de soi calme les désirs impérieux dont la satisfaction entraînait de la souffrance. Si vraiment nous avons fait un inventaire exhaustif, nous avons beaucoup écrit. Nous avons énuméré et analysé nos ressentiments. Nous avons commencé à comprendre leur futilité et le danger mortel qu’ils représentaient.
Nous avons commencé à voir combien ils sont terriblement destructeurs. Nous avons commencé à apprendre ce que sont la tolérance, la patience et la bonne volonté envers nos semblables, même envers nos ennemis, que nous avons vus comme des êtres malades. Nous avons fait la liste des personnes que notre conduite a blessées et nous nous sommes disposés à réparer, si possible, le tort que nous avons causé dans le passé. Dans ce livre, vous avez lu maintes et maintes fois que la foi a fait pour nous ce que nous ne pouvions pas faire pour nous-mêmes. Nous espérons vous avoir convaincus que Dieu peut vous libérer de toute forme de volonté personnelle, de ce qui vous isolait de Lui. Si déjà vous avez pris une décision et que vous avez fait un inventaire de vos fautes les plus graves, vous êtes bien parti. Ainsi, vous avez absorbé et digéré quelques grosses vérités sur vous-même.


l'intégrale :

http://www.aa.org/bigbookonline/fr_tableofcnt.cfm

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Quelques notes prises pendant mes premières années de rétablissement de l'alcool, à partir des partages en réunions.

Il y a bien un bon dieu pour les alcooliques, mais il ne faut pas le pousser dans l’escalier de la cave.

De toutes façons, je sais que ce qui va m’arriver n’aura probablement rien à voir avec ce que j’imagine.

Il n’y a ni punition ni récompense, il n’y a que les conséquences de nos actes.

C’est bien l’idée que je me fais des obstacles que je vais croiser sur ma route qui m’empêche d’aller à leur rencontre.

N’oublie pas que le cercle de feu au travers duquel tu dois passer est bien plus large que tu ne crois.

Ayant été élevé dans une famille de bouffe curés, je souffre d’une inversion des interdits, c’est la foi, la religion qui m’est interdite.

J’ai été éduqué “façon amour” et  “réalité attachement”, comme il y a des blousons en skaï “façon cuir”.

Les grandes richesses réservées à ceux qui ont bénéficié d’un dégonflement de l’ego.

Si je reste dans mon coin, j’admets sans accepter, je lutte, je peux reboire.

La rechute, c’est une porte qui s’est ouverte et que j’ai du mal à refermer.

La prière : mes désirs ne sont pas politiquement corrects par rapport à Dieu, j’ai à moitié envie de les assouvir et à moitié d’en être délivré, c’est pourquoi je ne peux prier, leur sort est indécidable, je peux tout juste remettre leur sort entre les mains de ma puissance supérieure, qu’elle en fasse ce que bon lui semble.

avant, je pensais que l’important c’était d’être là où j’allais aller, ou bien là où j’avais été. aujourd’hui, l’important, c’est d’être là où je suis ;

Ca s’est toujours vérifié après-coup que toutes les emmerdes, toutes les déprimes, les arrêts dans la poussière et les coups de mou dans le disque dur étaient des tremplins pour autre chose.

Pédaler à coté du vélo : notre lot quotidien.

Finalement moins douloureux de faire les choses que se regarder ne pas les faire (dit-il après en avoir beaucoup souffert)

Athée pratiquant.

La prière, ça peut pas me tuer, mais j’y viens vraiment à reculons, par l’obligation de faire ma troisième étape ; et puis c’est une action favorable  à l’unité intérieure.
L’idée de Dieu m’a fait beaucoup de mal parce que je m’en sentais abandonné. Comment accepter l’idée que Dieu puisse m’aimer alors que moi j’en suis infoutu ?

L’image de soi je pensais que c'était surtout vis à vis des autres, mais en fait non, c’est intérieurement qu’il faut restaurer l’harmonie, l’unité... au lieu de me mépriser raisonnablement quand  je me rends compte de mon déraisonnable orgueil.

J’ai souvent cherché à m’enlaidir alors que franchement, y’avait pas besoin, je pouvais faire confiance à la nature pour me rendre moche quand je ne suis que pas beau. Et puis qu'est ce que c’est que cette idée de vouloir être beau quand rien en nous ne tend vers la beauté ? Quand j’aime et que je suis aimé, quand je pose les actes que je sais utile et agréables, là la beauté me rejoint et m’accompagne. Je me regarde avec l’oeil du jugement (le père) ou de la complaisance, (la mère) jamais de l’amour que je devrais éprouver puisqu’au fond je me sais un brave type, puisque j’ai quand même éprouvé le besoin d’arrêter de boire, de passer à autre chose.

Le proverbial sens des nuances des alcooliques.

C’est pas évident d’être disposé à évoluer, de rester dans l’ouvert. Pourtant, si j’arrête de focaliser sur le négatif, le positif ressort. C’est pas se battre contre le négatif qu’il faut, c’est y renoncer, et ça demande beaucoup de doigté, en douceur.
Arriver à admettre de pas avancer vite pour avancer plus vite.
L’alcool est né chez moi de la constatation de l’inadéquation de mes  désirs et de mes moyens ; c’est le remède au perfectionnisme ou plutôt sa faillite ; le perfectionniste qui se découvre faillible, en effet, s’il est lucide, ne peut que constater qu’il n’y arrivera jamais, donc courir à sa perte consciemment s’il reste fidèle à ses prémisses.

Le progrès je le mesure aux bonnes choses qu’il m’arrive, si ça va pas bien c’est que j’ai sûrement oublié un truc.

Me punir de n’être pas conforme à l’image que mon orgueil a de moi. T’as raison, ça va sûrement faire avancer le schmilblick.

L’auto-apitoiement s’en va quand il n’a plus de raison d’être, c’est organique.

L’alcool n’a plus du tout le même gout depuis que je n’en bois plus.

Je renonce à toi et en échange tu renonces à me faire chier. Hé ben depuis, je me suis plus jamais réveillé malade.

Un guide c’est quelqu’un qui montre la direction, pas quelqu’un qui fait le chemin à ta place. Et encore, il te montre son chemin, grace auquel il est devenu son propre maitre, grace à quoi il rayonne de sa maitrise.

S’aimer soi-même et se faire confiance.

Quand on me parle d’orgueil, je culpabilise : c’est pas une solution.

Je me fous des obstacles imaginaires en traveres des papattes, au lieu de combattre les difficultés réelles, sans doute parce que j’en ai peur.

On n'est libre que de ce qu’on accepte vraiment.

Je ne fais rien, c’est le programme qui fait en moi (comme un virus informatique, mais en moins grave)

C’est quand on a vraiment besoin de lâcher prise que ça vient pas, donc faut s’entrainer quand ça manque pas, quand c’est pas crispé.

Le lâcher prise, encore : Une nasse de bambou, une noix de coco au fond, un trou suffisant pour passer une main ouverte ; le singe attrape la noix, mais ne peut se dégager du piège que s’il la lâche : son poing refermé sur sa friandise ne peut s’extraire du piège. Heureusement, nous sommes plus intellligents que des singes, hein, nous ne sommes que des alcooliques, ouf, j’ai eu peur.







 LE LACHER PRISE (mai 2001)

C’est pas évident de rester dans l’ouvert, d’être toujours disposé à évoluer. Livré à moi-même, j’ai tendance (= j’ai l’habitude) à loucher sur mes déficiences, comme une huitre qui tenterait de se sucer les perles au lieu de les offrir, par exemple à sa femme.
Pourtant, quand j’arrête de focaliser sur le négatif, sur mes carences et mes défauts de comportement, je suis bien obligé de constater que le positif ressort.
Avant d’arriver en AA, je pensais qu’il fallait se battre contre le négatif, que la sobriété serait la victoire d’un combat sans merci.
A force de prendre branlée sur branlée, et biture sur biture, je me rendis compte quà force de jouer dans “les aventures de Superlooser contre la Bouteille Maudite”, mon avenir en tant que superhéros était plus qu’incertain, et j’en vins à me résigner devant les dégâts de l’alcool sur ma vie.
Et la résignation est un suicide.
Et j’avais pas envie de mourir.
C’est grâce à vous que j’ai appris qu’il ne sert pas à grand chose de combattre le négatif, qu’il est plus efficace d’y renoncer, et que ça demande beaucoup de doigté, de douceur et de tendresse.
Dans mon activité de jardinier, ayant compris et accepté que la nature donne ses chances à toutes les graines, il ne me viendrait pas à l'idée, constatant l'apparition et la réapparition de mauvaises herbes, de me jeter par terre en me lamentant sur leur croissance rapide et leur éternel retour : je les déracine avec précision et sans sentimentalisme, taillant et arrosant celles que je sais donner des fruits comestibles, en vertu de quoi je peux ensuite m'en nourrir et m'en réjouir les papilles.
Pourquoi ne pas essayer de faire de même dans ma vie intérieure, même si je ne l’ai guère fait jusqu’à aujourd’hui ?
En tant qu’alcoolique, je n’avais pas un sens des nuances particulièrement développé, et il m’a fallu aussi arriver à admettre de ne pas avancer très vite pour avancer plus vite, et qu’on ne peut se libérer que de ce que l’on accepte vraiment.
 Si je reste dans mon coin, j’admets sans accepter, je recommence à lutter, je peux reboire ou tomber dans d’autres comportements compulsifs ; je viens de passer 3 ans sur Internet, j’ai eu très beau temps mais j’ai pas beaucoup avancé dans le programme de rétablissement  qui nous est proposé.
Au lieu de penser que le lâcher prise demande de ma part un effort surhumain, ce qui serait le signe que je me suis encore gouré quelque part, ou de me perdre en vaines spéculations sur la nature de la Puissance Supérieure qui m’a permis de cesser de boire et de maintenir cette sobriété malgré mon éloignement du mouvement, je me contente d’être à nouveau assidu aux réunions, et comme “Dieu tel que je le conçois” (il n’y a pas de doctrine de la divinité en AA, c’est dieu en kit, à fabriquer soi-même) sait très bien qui je suis et ce dont j’ai besoin, je repars toujours d’ici à la fois plus léger et le cabas plein des bonnes idées entendues dans vos partages.
A partir du moment où je choisis d’être là où elle se manifeste, ma Puissance Supérieure est obligée de me venir en aide.
Et elle le fait, la bougresse, et j’aurais mauvaise grâce de lui reprocher que ce soit complètement irrationnel alors que c’est une loi de cause à effet mille fois vérifiée, y compris par l’absurde !
Seul, je peux en arriver à douter de la réalité de mes progrès spirituels, je suis obligé de venir les confronter aux votres pour les voir.
Les réunions, les partages et la littérature AA me procurent à la fois des théories à expérimenter et l’énergie nécessaire pour les mettre en actes le reste de la semaine.
Le lâcher prise, c’est pas le laisser-aller, c’est un abandon actif : pour aller mieux, j’accepte de me soumettre au programme proposé et de poser des actes en rapport avec les étapes qui me sont suggérées.
Ce programme m’aide à comprendre chaque jour, car c’est chaque jour que j’ai besoin de cette compréhension, qu’il faut savoir s’incliner pour vaincre.
Mon père m’a dit un jour que pour cesser de fumer, il fallait mépriser l’envie de fumer. J’ai trouvé qu’il était vachement balèze s’il arrivait  à mépriser quelque chose en lui sans se mépriser lui. C’est le mépris et surtout le déni de ce qui me fonde en tant qu’être humain qui m’ont mené au verre, et c’est l’acceptation de la maladie alcoolique qui me l’a fait poser.
Quand je suis arrivé ici, j’avais à moitié envie de continuer à assouvir cette soif dont j’avais pourtant remarqué qu’elle était inextinguible - c’est pas de rajouter du pitroule sur l’incendie qui permet de l’éteindre, ça je l’avais vérifié et revérifié plus que nécessaire, mais j’avais encore soif - et j’avais à moitié envie d’être libéré de ce besoin.
C’était absolument indécidable, et j’ai donc appris à remettre à ma Puissance Supérieure cette décision que j’étais incapable de prendre, sachant que j’avais toutes les chances de ne pas arriver à la tenir, à cause justement de la maladie.
La prière de la sérénité m’a beaucoup aidé dans les premiers temps : “Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaitre la différence”
Mais les bonnes idées ne nous sont d'aucun profit si nous ne les utilisons pas à bon escient (et si nous ne les utilisons pas du tout, encore moins).
J’ai récemment passé une sale période, je me suis entêté à utiliser les outils qui étaient à ma disposition pour affiner le constat et les raisons de mon immobilisme au lieu d'essayer de m'abandonner, d’ailleurs à peu près aux mêmes, qui m'auraient aidé à me bouger le cul, et le reste, et c’est pas la première fois que je constate qu’il est finalement moins douloureux de faire les choses que de se regarder ne pas les faire, mais il me reste à recommencer à mettre cette connaissance en pratique.
J’ai appris qu’il était douloureux d’avoir à accepter ce qui est (la mort des êtres chairs, l’impuissance devant le premier verre, le passage à l’euro) mais le nier  risque de l’être encore plus, et c’est pourquoi j’ai choisi ce thème du lâcher prise ce soir. Et maintenant je vais lâcher le micro, mais d’abord je voudrais savoir s’il y a des nouveaux parmi nous ce soir...
(on s’y croirait, hein ?)

......mais, Maître, pour lâcher prise il faut être sacrément maître de soi, non ?
-bien sûr, petit scarabée, mais rassure-toi : pour devenir maître de soi, il faut nécessairement avoir lâché prise, et ce cercle n'est vicieux que dans l'oeil de celui qui le regarde. tiens, prends cent balles sous le bouddha géant, et va donc t'acheter une tsing tao, ton écoute attentive mérite récompense...


et puis j'avais commencé (ah, les beaux débuts) le "journal d'un AA"
que je ferais bien de réactualiser

1 NOUS AVONS ADMIS QUE NOUS ÉTIONS IMPUISSANTS DEVANT L’ALCOOL - QUE NOUS AVIONS PERDU LA MAÎTRISE DE NOS VIES.
c’est l’étape la plus difficile au début, et c’est pourquoi c’est la première, qui oblige à renoncer à tous les sentiments et les images de soi gratifiantes qu’on a pu trouver dans l’alcool ; c’est le constat nécessairement douloureux que le plaisir s’est transformé en merde ; c’est reconnaître l’étendue des dégâts.

Janvier 94

Je suis retombé dans les jeux vidéo, que j’avais pourtant enlevés de mon disque dur. J’en ai remis un, comme on ouvre une bonne bouteille après longtemps d’abstinence. En quelques jours, j’ai recommencé à jouer comme un ouf. Cumulé avec un échec professionnel ou en tout cas une contestation de mes talents par Thierry d’Aguerreau, ça donne pas mal de doute, voir du ressentiment en perspective.
La dernière fois, c’était quand j’avais monté une quotidienne bourré au Club Do.
Je ne peux lâcher prise : il faut que je demande de l’aide, sinon je vais vers la colère rentrée et ses médicaments idéaux à portée de bistrot.
Alcool maladie de l’orgueil : je n’ai pas à en avoir honte, çàd tomber dans l’excès inverse. Roger dit : tu dois accepter tes déficiences, agir en fonction d’elles, te préparer, puis demander à Dieu de les ôter (mais en fait c’est à toi de faire le boulot).
Si le jeu m’est interdit, que me propose-je à la place ? accro à la dépendance, addicted to addiction.

Belleville-Amandiers, fin janvier 94

A la naissance le petit d’homme est entièrement dépendant de ses parents pour TOUT ; plus tard, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ça ne s’arrange pas : ayant saisi l’implication vers l’adolescence - il est lié pour la vie à des gens qu’il n’a pas choisi - il tente de se libérer de cette dépendance mais ne peut le faire qu’en en contractant d’autres : son milieu va lui fournir des matériaux qu’il sélectionne avant tout CONTRE celui qu’il a jusqu’à présent subi; et il se passe d’autres chaînes autour du cou; moi ce fut l’alcool, les clopes et l’auto-érotisme, mais ça aurait pu être pire ! 
Je propose comme thème la sobriété émotionnelle et raconte mes malheurs la semaine précédente : mon père qui vient parler pour la ixième fois d’acheter un apparte dans un non-dit, moi très emmerdé pour lui déballer ce que je pense de lui, la course pour récupérer les clés de l’apparte au Palais de justice vu qu’on s’était enfermés dehors avec Hugo, courir à la fourrière pour m’apercevoir que j’ai laissé les clés de la voiture à la maison... ça fait beaucoup d’actes manqués pour une perturbation émotionnelle qui s’amplifie la semaine suivante : je remets ce putain de jeu sur mon putain de disque dur, et les conséquences s’enchaînent : je monte avec Ardisson et Colonna, et je commence par arriver en retard, et j’ai tellement la pression que je me goure dans le report des pistes son, je suis agressif avec tout le monde, je me barre avant la fin du boulot, je n’ai pas du tout “l’esprit d’équipe”, je ne vois pas que ce boulot demande plus de pointu que le Club Do : c’est une chance et un honneur que de bosser avec de vrais êtres humains et non des compteurs de sous, et je continue de le pratiquer en amateur éclairé bourré de...velléités d’autre chose (réalisateur, écrivain, que sais-je) qui sont d’une im-pertinence déplacé. J’ai une entrevue ce matin avec Marc Urtado qui m’explique tout ça avec la plus belle humanité, de sa belle voix de baryton, et je me dis alors qu’il est temps de faire quelque chose. Ne rêvons pas : c’est plus dur que d’arrêter de boire ( mais c’était facile, 24 heures à la fois) : c’est de mettre en pratique le programme dont il s’agit. Quel est-il ? Changer de regard sur soi et d’action aussi ; ne noter que des petites choses à faire quand on sait que le lendemain ne permettra pas d’en réaliser de grandes. Être plus posé, moins inconséquent, moins pressé, comme chez Vidéo Day vendredi, où j’ai eu l’extrême CONNERIE de dire que je ne pouvais rester que jusqu’à huit heures du soir, suite à cette semaine déjà difficile je me suis laissé aller à un manque de professionnalisme ( je sais même pas comment ça s’écrit) et les méthodes ne valent que si elles sont pratiquées, comme l’apprentissage de la dactylographie que j’ai d’ailleurs laissé tomber comme un fait acquis. Celui qui divise est toujours là, dans l’ombre, il faut vraiment le prendre plus en compte. Roger insiste bien sur ces “déficiences à accepter” comme préliminaire, auquel revenir sans cesse, et au temps retrouvé à partir d’une meilleure appréciation de ce qu’il était vraiment, l’alcool pseudo-libération puis la dégringolade et se découvrir ayant besoin de structure, ne fonctionnant bien qu’avec ça, on dirait un Dartan de bistrot qui a été sauvé après le gong, qui jouit lui aussi de découvrir sa propre humanité.

AVRIL 94
Montage d’un film sur les cancers féminins ;  Ce qui rapproche les cancers et l’alcoolisme c’est la culpabilité, le fait qu’il s’agisse d’une maladie et les possibilités de rechute. Mais on peut éviter la rechute dans le cas de l’alcool en ne buvant pas le premier verre. Je relativise donc beaucoup, et je me réjouirais presque d’être alcoolique.
Gérard : “ Je ne sais pas si j’ai vécu la folie, ou plutôt l’attirance du vide, le gourou de Desjardins parle de la peur comme attirance négative, et moi j’ai été comme ça, attiré par le néant.”
MAI 94
Pas eu besoin de recourir aux 24 heures pour en sortir : à partir du moment où je suis entré aux AA et où j’ai poussé la porte, c’était fini, je rentrais dans le rang, j’acceptais l’épreuve. Il y en a qui prient le matin, qui planifient leur journées, qui s’abstiennent de tout produit modifiant le comportement, moi j’ai le sentiment que ma voix commence tout juste à parler en moi, avant je réfléchissais dans ma vie comme devant la télé, çàd pendant les pubs.  Là, je sens que ce qui m’écrase ne m’écrase que si je le veux bien, autrement ça m’intensifie. Valérie, par exemple. Je ne la séduirai plus, c’est déjà fait et c’est un souvenir écran encore beaucoup trop actif mais qui se réduit par rapport à la semaine dernière. Gérard dit que il n’avait plus de futur dans l’alcool, et qu’au passé il n’était que victime. En définitive notre capacité à nous relever de ce drame tient à nos capacités à constater et à vivre ce simple fait , que la vie n’est pas un jardin de roses, qu’elle est faite de hauts et de bas, et qu’on se sent vivre quand ça va mal autant que quand ça va bien. Au moins nous n’allons plus mal “de notre propre fait”, de l’alcool ou de notre satané orgueil-culpabilité.

28/03/95
NOUS NE REGRETTERONS PAS PLUS LE PASSÉ QUE NOUS N’ESSAYERONS DE L’OUBLIER. J’ai modéré sur ce thème aujourd’hui.

2 NOUS EN SOMMES VENUS À CROIRE QU’UNE PUISSANCE SUPÉRIEURE À NOUS-MÊMES POURRAIT NOUS RENDRE LA RAISON

je ne voyais aucun arrêt possible de mon alcoolisme par moi-même. Maintenant que c’est fait, je ne sais qui l’a fait. C’est acquis (ça fait deux ans et demi que je ne bois plus) et j’en viens à croire qu’une Puissance Supérieure a joué effectivement son rôle là dedans, mais je suis partagé : ce ne sont pas les autres qui se sont arrêtés, c’est moi, quand même, mais c’est d’avoir vu les autres l’avoir fait que je l’ai cru possible, puis que j’ai tenté le coup. Je n’avais plus tellement d’autres solutions. En ce moment, je revis le désespoir de la gnôle mais sans gnôle, j’espère peut être basculer dans la foi totale quand il n’y aura plus d’autre porte de sortie que l’espérance totale et inconditionnelle, mais c’est long.
La Puissance Supérieure, c’était le groupe, et il me maintient dans ma sobriété, mais le noyau dur de mes déficiences, celui qui m’a fait plonger, justement, se re-manifeste avec violence, et je suis démuni, ou plutôt je me sens démuni, ce qui revient au même, alors que si j’accordais un brin d’attention (et d’acceptation) envers ma Puissance Supérieure, je pourrais me passer du doute qui n’aurait plus lieu d’être ; mais c’est au bénéfice du doute que je peux tirer des bénéfices secondaires (l’errance, le plaisir “gratuit” et la culpabilité concomitante)
Ma première Puissance Supérieure c’est l’alcool, c’est en buvant que j’en suis venu à croire qu’une Puissance Supérieure pouvait me faire perdre la raison ; pousser la porte des AA c’était chercher un abri, chercher quelque chose de plus fort que l’alcool. Effectivement quelque chose me protège, c’est comme si j’étais plus mouillé sous la pluie, je suis devenu transparent du point de vue de l’alcool. Je n’ai pas à m’interroger sur la nature de ma Puissance Supérieure, dont je sens les effets au sortir de chaque réunion : il me suffit de me manifester à son attention (en venant en réunion), elle, elle sait très bien qui je suis et ce dont j’ai besoin. Elle est obligée de me venir en aide, je lui force presque la main à partir du moment où je choisis d’être là où elle se manifeste.

3 NOUS AVONS DÉCIDÉ DE CONFIER NOTRE VOLONTÉ ET NOS VIES  AUX SOINS DE DIEU, “TEL QUE NOUS LE CONCEVIONS”.

fin octobre 93, Belleville-Amandiers
Certains ont la foi en l’être humain, qui est une abstraction. Moi j’ai la foi en A.A., qui regroupe des gens qui l’avaient perdue en tout, la foi, et qui l’ont retrouvée, en la vie, en eux, jusqu’à plus soif, par la grâce de ces groupes de parole et de pensée; c’est pas des martiens, je reconnais leur souffrance et donc me reconnais dedans, mais transfiguré, avec la magie du mal transformé en bien de façon spectaculaire pour certains. A un moment donné, quel que soit l’état mental dans lequel on assiste aux réunions, on est obligé de lâcher prise devant cette avalanche de miracles que représente chaque trajet individuel pris isolément comme une victoire de la lumière sur l’obscurité, de l’amour sur le mépris et de l’intelligence sur l’ignorance. C’est ça la force de A.A. en action : un rayonnement palpable d’énergie bienfaisante pour tous ceux qui viennent chercher réconfort et solution à un problème devenu insoluble dans l’alcool.
“Lâcher prise” devient synonyme de “se confier à Dieu” : il n’existe pas d’autre mot pour décrire l’absolue confiance qui s’est emparée de moi dès lors que j’eus confié ma sobriété à la mémoire des copains abstinents. C’est étonnant : il s’agit d’une confiance mentale, et j’ai de très bonnes raisons de me méfier de mon mental, qui est sourd, aveugle et qui ne sent rien à rien, après quoi il s’étonne de ne rien comprendre  à rien. Normal : c’est la part de moi qui est la plus “coupée du reste”, la plus évoluée donc la plus isolée; mon corps, par exemple, est bien plus proche de certaines vérités vraies que ma tête et ses satellites.
Initier une communion corps-esprit, une symbiose génératrice de déséquilibre positif, c’est à dire vers l’avant, c’est ce dont chacun de nous rêve secrètement et qu’aucune panacée New âge ne satisfait. Mais dans cet espoir d’une fusion avec nous-même conditionnée par un retour aux sources pour mieux les transcender, la science contemporaine peut nous faire économiser ce que l’intuition tarde à nous révéler : les origines de l’homme, son passé vestigiel, héritage toujours actif qui structure nos modes de pensée et de comportement, tout cela est maintenant en passe d’être révélé. Ca déborde d’ailleurs du cadre étroit de l’alcool pour rejoindre celui des problèmes globaux qui se sont toujours posés dans ces termes : comment jouer pour ne plus être joué ? la réponse tient en peu de mots : il faut apprendre.
Après tout, la picole n’est qu’une des innombrables façons de foutre sa vie en l’air, au même titre que les femmes, les jeux vidéos, le tabac et bien d’autres.
En AA, j’ai découvert qu’on pouvait tout faire sans boire, sauf se bourrer la gueule. Ce qui gène le plus au début, c’est le manque d’envies : autant on comprend vite l’intérêt d’être et  bientôt de rester sobre, autant on a un mal de chien à avoir envie d’autre chose et on passe un p’tit moment au bord du trou à se demander ce qu’on va bien trouver pour re bander. Comment faire pour être quand on a tété ?
Boire c’était naze mais plus rien d’autre ne m’intéressait ; au niveau de la confiance, C’est simple : j’avais tellement peur du premier verre que je préférais souvent le prendre tout de suite, comme ça j’étais débarrassé très tôt le matin d’un grave problème existentiel : que faire à part boire, et comment les gens trouvent-ils l’envie de faire autre chose ? J’ignorais quoique m’en doutant un peu, que boire me rendait inaccessible à moi-même, et que ce que je recherchais se situait radicalement à l’opposé : devenir un être humain, c’est s’individuer çàd devenir autre que les autres, et pour cela il faut rechercher cette communion, qui ne se fait jamais spontanément quand on la sollicite mais à l’ombre de la conscience, avec beaucoup de chance et de confiance dans le pouvoir guérisseur du temps, au chevet de soi-même.
La” trousse à outils spirituelle” proposée par les AA a ceci de sympathique c’est qu’elle est en kit et pas en toc : la Puissance Supérieure, titrant donc plus que 12°5, ressemble à ces lapins que les prestidigitateurs sortent de leurs chapeaux, et quand on arrive en AA il y a de fortes chances pour qu’on ait perdu le sien, de chapeau. Ce n’est qu’après-coup qu’on se retrouve obligé de postuler effectivement l’existence de cette Puissance Supérieure, une fois qu’elle s’est mise en action assez longtemps pour prouver son existence réelle et qu’on se dit : “ok, cette fois-ci ça fait vraiment trop longtemps que j’ai arrêté de boire, y a quelque chose qui tourne pas rond, normalement j’aurais dû replonger depuis un bon moment, ça peut pas venir de moi tout seul. A ceux que l’introspection n’effraie pas, je dirai “Cherchez en vous du côté d’où vient la soif, et pas du côté d’où coule la boisson...”
Aux autres, simplement cette frustrante boutade : agissez comme si vous aviez la foi, et la foi vous sera accordée en prime, à titre gracieux, et sans engagement de votre part autre que ceux que vous déciderez de prendre...
Je voulais être différent des autres, au moins ça c’est réussi : je suis dépendant d’un produit que je ne consomme pas. Olé !
Un humour dont j’aimerais faire preuve ailleurs qu’en A.A :
Moi, prenant la parole : “Alors tout d’abord je suis étonné de constater qu’on puisse rencontrer autant d’anciens buveurs à une réunion syndicale, mais (sortant de ma poche la sucette d’Hugo et me la mettant à la bouche ) ça donne une réponse en définitive optimiste à la question “peut-on être et avoir tété...”
(...)
Elle : “...Alors j’arrive à la réunion en pleine rechute (bourrée, quoi) mais je suis saisi par le témoignage de cette femme qui avait perdu un bras dans l’alcool...”
Moi : “J’espère que c’était le bras qui tenait son verre...”

4 NOUS AVONS COURAGEUSEMENT PROCÉDÉ À UN INVENTAIRE MORAL, MINUTIEUX DE NOUS-MÊMES.

et c’est pas brillant; la corde morale est forcément très détendue chez les adeptes de la bouteille, c’est à dire d’une défaite de soi au quotidien ; je dois dire que c’est assez décevant de se retrouver à 30 ans le jouet d’une entourloupe de la vie : depuis que j’ai arrêté de boire, je passe mon temps à me branler et à jouer aux jeux vidéo ; Satan est sorti par la porte et rentré par mille fenêtres; pas moyen d’échapper donc à cet inventaire négatif, mes vertus ayant fondu au feu de la bouteille;

04/10/94, THÈME PROPOSÉ : TAILLER ET ÉCLAIRCIR.
Il faut enlever les tiges en trop, pour que les plants se renforcent et soient en meilleure santé, la souffrance fait partie du plan divin, je peux en constater les magnifiques résultats. Programme AA : la souffrance que nous cause notre croissance. “Je demande à Dieu de bien me tailler le moment venu afin que je puisse croître (en lui ?)” Les trucs en trop, par exemple, mon pincement au coeur en pensant à Nadège, jeune planningueuse vénale, sic, à Citymage : illusion nécessaire ( de moi dans Nadège )à la voir hors de moi, l’illusion, et non pas Nadège. Sinon je suis dedans (je parle toujours de l’illusion). Ce soir, réussi à lui “avouer” que j’allais à une réunion AA, EN CROYANT LA SÉDUIRE : JE RÉUSSIS À FRIMER AVEC MES DÉFICIENCES !!!1 Ce soir, Aïcha est impuissante devant la carte bleue, et moi donc devant ma concupiscence.
Rigolo, comme d’ab : décrochage en douceur de Valérie, désinvestie par la grâce de mes archanges, et puis aussi un p’tit peu par mes efforts sur mesure, retour immédiat de ma fleur bleue contondante, et par la grande porte, et je reprends mon verre de stupre là où je l’avais laissé avec V. : en pleine sincérité sans auto-dévalorisation (règle : ne parler que de moi, à condition d’être drôle et si possible enrichissant pour l’autre, soit une règle équitablement partagé entre séduction et partage, quand même). Attention : mon verre de fornication est toujours sur la table. La frustration a considérablement décru puisque en vivant ces aventures de l’esprit je me les rends visibles et donc vivables, en tout cas il y a là l’ébauche d’un bonux Vivaldi, comme dirait Bérurier, mais je rêve quand même de baiser plein de gonzesses au lieu de faire l’amour à la mienne. C’est ça vivre au dessus de ses moyens.
Fatigue sur AVID et à Citymage en général, plein de doubles piges : ivresse agréable et gratuite, maintenant que l’autre est prohibée, ivresse quand même, donc l’Ego : le salopard m’affuble d’une gouaille parisienne mimétique (qui mime mes tics, veux-je dire) alors que je reste les pieds dans l’herbier de Provence avec mon air niais de province.
Inapproprié à la situation, incongruité du désir. Vers une mécanique des fluides qui ne se calculerait pas sur mes problèmes de robinet.
 Un acte spiritualiste parmi d’autres : se brosser les dents le matin, et l’intérieur de la tête le soir.
Si on taille pas, on est taillés : la vie se charge de nous apprendre ce qu’il nous répugne de faire par nous mêmes. Les choix que nous ne faisons pas, elle les fait pour nous, surenchérissant sur notre autodidactisme pourtant à la bonne vitesse, puisque c’est nous qui actionnons la manivelle.
Tailler ou se faire tailler, ou se tailler tout court : parfois, le choix est encore plus réduit : ce soir dans le métro, sous mes yeux, à Père Lachaise, un mec n’a pu que se tailler après s’être fait tailler. Question de karma, en ce qui le concerne, sans doute. L’ombre d’un doute, le même que celui qui tenaillait Laurent Larose lors de sa mission critique au Ruanda, Masaï : je retourne à la station après la séance AA, et on me dit qu’un voyageur a tenté de porter secours à la victime (enfuie entre-temps) et a été blessé ce faisant. Si j’avais réagi idem au lieu d’aller appeler les flics, va savoir si le rapport de forces n’aurait pas basculé. Évidemment, j’étais dans un autre délire, sortais des miniatures du Livre des Rois pour foncer m’épancher, j’ai toutes les bonnes raisons du monde d’avoir réagi comme je l’ai fait plutôt que d’avoir été candidat subsidiaire au taillage de tronche, mais un doute subsiste quand même à l’arrivée.
ALLER REGARDER “CE QUI NE ME REGARDE PAS”.Cet incident m’en rappelle un autre, celui de l’évanouissement (cf Vonia 09/94) : il faut souffrir pour avancer et non avancer pour souffrir, ce soir on me demandait d’être témoin et de réfléchir, ou bien d’agir ? Une chose est sûre, j’aurais dû me méfier. D’habitude je regarde mes conneries après les avoir faites, espérant en tirer une leçon pour la fois prochaine. Ici, une occasion d’agir différemment, peut-être pas très spirituellement, mais en participant à un recul de la petite criminalité, m’était offerte. J’ai fui, j’ai choisi entre le remords et l’ecchymose.
Anticiper.
Des fois avant de tailler faut bien regarder pousser avant d’être sûr que c’est de la mauvaise herbe, ou que ça va affaiblir la plante. Mais la dispersion, c’est diabolicoume, c’est vrai. Je me rappelle d’un plan de Beu que j’ai tellement chéri qu’à la fin je lui ai carrément coupé la tête, et qu’il en est mort. J’ai aussi cassé une patte à mon lapin nain pas plus tard que hier soir, en le prenant pour un chat.

5 NOUS AVONS AVOUÉ À DIEU, À NOUS-MÊMES ET À UN AUTRE ÊTRE HUMAIN, LA NATURE EXACTE DE NOS TORTS.

Mai 94, Belleville-Amandiers.
Quand je me confie à un autre être humain, je suis fier de ma sobriété. J’ai envie d’en rajouter. Il faut que je me pardonne d’abord moi-même avant de pouvoir être pardonné par les autres. Roger fait remarquer qu’il n’est pas question de pardon chez les A.A. : nous pouvons  pardonner aux autres, mais il n’est pas question de nous l’accorder, il n’y a pas de pardon en A.A., pour éviter qu’on en abuse : dès le pardon, rien ne nous empêche de recommencer les mêmes erreurs.
Toutes les idées que je ne mets pas en pratique restent des idées d’alcoolique.
Liberté =drogue dure, nos besoins en croissent toujours plus vite que leur possible satisfaction. Avec la liberté vient la lucidité qui nous permet de voir à quel point nous sommes encore emprisonnés. Pourtant nos fautes et nos erreurs passées c’est bien nous qui continuons à les faire vivre. On refuse la souffrance, depuis la sobriété, mais on est toujours aussi insatisfait, cette frustration ne trouve son apaisement que dans l’humilité. On est obligé de voir des choses que nous ne regardons pas, c’est emmerdant mais c’est une bénédiction. Accepter l’auto-apitoiement, les déficiences, c’est un phénomène pas du tout intellectuel mais qui relève de la foi, d’une adhésion affective (consciente ?) avec soi, l’univers...sa Puissance Supérieure. L’humilité n’est pas une vertu hélas : c’est pour le confort. Je peux prendre le temps : il m’a été restitué.

6 NOUS AVONS PLEINEMENT CONSENTI À CE QUE DIEU ÉLIMINÂT TOUS CES DÉFAUTS DE CARACTÈRE.

Tout le monde a ses petits problèmes : Richard Nixon a eu le Watergate, et moi, je vais mourir.
Georges Pompidou

AA c’est comme la vie : c’est une bonne religion, c’est moi qui suis contraint de constater quel mauvais croyant je fais quand elle ( la vie ) ne me sourit pas. Alors que j’approche de mon 1er anniversaire de sobriété, je remarque que je n’ai dû assister qu’à une dizaine de séances AA. J’aime les AA, surtout de loin. Coluche disait que ce qui empêchait de sombrer quand tout va mal, c’est le souvenir des autres. Alors, loin des yeux, près du verre ?
Plus ça s’éloigne dans le temps et plus j’ai de peine à croire ce que les gens racontent sur mon comportement passé, bien qu’ils ne manquent pas de m’apporter tous les détails nécessaires à confirmer leur version des faits. Par contre, c’est vrai qu’à l’approche de cet anniversaire de sobriété, je passe plus de temps replié sur mon univers de petit garçon, ou plutôt ses pâles succédanés que sont les jeux vidéo sur Macintosh, puisque je n’ai repris ni la musique, ni le dessin, et que mon entrée en littérature se fera par la petite porte...ou ne se fera pas. Pourquoi pas réalisateur pendant qu’t’y es ?
“Nous avons pleinement consenti...” à la soumission de notre volonté à une autre volonté, qu’on dira “divine” faute de temps pour en chercher une autre définition, devant notre incapacité à remédier nous-mêmes à ces défauts de caractère qui nous ont mené de près ou de loin, mais toujours à point nommé, à boire. Tenter de percer ce que veut de nous le divin, c’est une épreuve de patience, qui doit se passer dans le plus grand silence intérieur, loin de nos bruyants cerveaux urbains, si loin et si proches de nous dans l’idéal, là où intérieur et extérieur se rejoignent : nous sommes prêts à la Grâce, c’est quand elle veut la Garce !
Mais la grâce s’obtient par des actions, ne nions pas ce fait plus longtemps.
 Ne plus juger les autres, ne plus se mettre en colère sont de bons exercices d’approche de ce silence qui fait de la place en soi pour accueillir plus grand que soi, dont c’est l’habitat naturel mais qui bien souvent dort à poings fermés. Il faut aussi s’armer de la légendaire patience du pécheur à la truite, qui appâte à l’altruiste d’ailleurs. C’est un “abandon actif” dont nous avons le plus besoin, et de la ferveur non-agissante qui sépare le mystique vrai du théologien prosélyte.
Religion, en latin religere c’est relier, d’abord les gens entre eux peut-être, puis en soi et à l’Autre. L’égoïsme est donc condamné d’avance comme un mauvais calcul : si je me coupe, je ne me sens plus relié, il n’y a plus de “présence” : adieu les autres, bonjour l’enfer du Moi, irrespirable. Le passage à l’adulte, c’est se rendre compte que j’ai toute liberté de faire des actes”complets” ( cf Vonia 09/93) et d’en être enrichi quand même, et de trouver dans cette liberté la preuve ontologique de la bienveillance divine, que l’on continue ou non de tomber du côté de la confiture.
Le dieu en nous à rejoindre, qui y vit de toute éternité, est à actualiser alors que l’univers nous est présent sous sa forme “parfaite” dans le double sens d’achevé et de totalement satisfaisant.
Avant j’en avais marre de mon ressentiment, et buvais. Je mangeais à ma faim, mais pas dans la vie. Aujourd’hui j’ai toujours faim, mais je sais que les grandes choses se font par une accumulation de petites. Et au moins je ne désespère plus de ça.

Belleville Amandiers, début mars 94

“L’AUTO-APITOIEMENT”
Je choisis ce thème dans les réflexions quotidiennes, et m’embourbe dans des considérations théoriques : c’est parce que je m’auto-apitoyais que j’ai commencé à picoler, je n’y arrive plus aujourd’hui mais ça revient par des chemins détournés, je ne sais pas vraiment lesquels, je suis vraiment pas au net avec ce sujet... Stressé comme jamais par la prise de parole, perturbé par Nicole, bourrée et sous calmants, qui parle anglais, mais qui m’interrompt pour dire qu’elle n’a pas de vices mais des défauts, je reprends ça  à mon compte, mais m’écrase bien vite, écrasé par la responsabilité du modérateur : je ne me sens pas très modéré moi-même ce soir. Après ça va mieux, Jean-Louis dit que son père lui disait “Au lieu de regarder vers le haut, apprends à regarder vers le bas”, Monique que “au fond les événements importent peu ce qui est essentiel c’est la façon dont nous les prenons”, Jean-Yves “ comme je ne peux plus m’auto-apitoyer j’ai trouvé un refuge dans l’idéalisme et le perfectionnisme, quand je ne peux pas être le meilleur il faut que je sois le plus nul, le pire”, Françoise traverse des cycles de pleurnicheries, touche parfois son fond puis elle traverse le désert de la lucidité où elle se retrouve plus seule que jamais, et Aïcha nous récite la prière de Saint François. La voie de l’acceptation est une voie étroite mais c’est la seule. Ni résignation ni joie ineffable, elle ne requiert aucun sentiment pour être acceptée (il s’agit de suivre le principe de réalité, de Ce Qui Est) mais en suscite en retour aux effets qu’elle procure. Libération de nos peines quand des défauts comme l’auto-apitoiement deviennent tout bonnement impossibles, plus grande fluidité du comportement puisque les “blocages” ne se produisent plus, etc... c’est quasiment la règle de bionomie number one.

REGRETTER LE PASSÉ

Nous ne regretterons pas plus le passé que nous ne tenterons de l’oublier.
Dans le passé, je regrette ce qui est arrivé, et ce qui n’est pas arrivé.
Ce qui est arrivé : si je me l’explique j’en prends co-naissance, co-nscience, donc forcément je pardonne aux autres, à moi-même et à dieu, et je sais alors que faire pour que ça n’arrive plus.
Ce qui n’est pas arrivé : pourquoi ? et pourquoi ça n’arriverait pas maintenant ?
Dans les deux cas, j’améliore mon passé au présent en le relisant. Mon passé me constitue, c’est grâce à lui que je suis tel que je suis aujourd’hui, que j’ai soif de ce dont j’ai soif, que je suis nourri d’espérances (et non penser comme je le fais que toutes mes vieilles espérances, que je n’ai pas nourries de ma chair, m’affament, me condamnent au désespoir, à la déception constante et renouvelée des promesses que je me fais sans faire l’effort de les tenir). Regretter le passé c’est condamner le présent, et hypothéquer l’avenir.
Que le passé ne soit pas une blessure : s’expliquer pourquoi telle chose est arrivée. Trier le positif, et accepter le négatif, c’est le positiver. Si on regrette quand même, accepter le regret. Ému par le fait de retrouver les traces du passé sans en être meurtri. Mémoire = lieu de travail, pas cinéma de banlieue.

7 NOUS LUI AVONS HUMBLEMENT DEMANDÉ DE FAIRE DISPARAÎTRE TOUTES CES DÉFICIENCES.
Juillet 95. Je refais une anti-septième étape : je me suis demandé orgueilleusement de faire disparaître mes déficiences tout seul. Ou plutôt je me suis laissé aller à oublier ce qui me fonde ; en achetant un nouveau Macintosh, je recommence la SAO à zéro, c’est à dire c’est comme si je venais de m’arrêter de boire. Muriel raconte comment elle s’était vue pour la première fois au père Lachaise comme quelqu’un de banal et que ça l’avait effrayée, qu’elle n’était pas prête à être “n’importe qui”, mais que là résidait sans doute la clé de cette humilité.

8 NOUS AVONS DRESSÉ UNE LISTE DE TOUTES LES PERSONNES QUE NOUS AVIONS LÉSÉES ET NOUS AVONS RÉSOLU DE LEUR FAIRE AMENDE HONORABLE.

9 NOUS AVONS RÉPARÉ NOS TORTS DIRECTEMENT ENVERS CES PERSONNES, PARTOUT Où C’ÉTAIT POSSIBLE, SAUF LORSQU’EN CE FAISANT, NOUS POUVIONS LEUR NUIRE OU FAIRE TORT À D’AUTRES.

10 NOUS AVONS POURSUIVI NOTRE INVENTAIRE PERSONNEL ET PROMPTEMENT ADMIS NOS TORTS DÈS QUE NOUS NOUS EN SOMMES Aperçus.
En fait, boire revenait à ne pas prendre la vie du bon côté. Pas du bon côté du tout. Et toute notre vie a pu elle aussi basculer du mauvais côté.
Fin janvier 94, je reconnais que j’ai eu tort de penser que je n’étais plus alcoolique : tout dans mon comportement porte à croire que je suis porté à boire, qui est une maladie de l’orgueil et se traite comme telle : après tout, c’est à cause d’un système d’auto-dévaluation défectueux que j’ai commencé, c’est parce que c’était pire que j’ai arrêté, et retour à la case départ : mes vraies déficiences, les admettre et les accepter avant de pouvoir espérer changer quoi que ce soit d’un iota.
Je reconnais aussi que j’ai un mal fou à admettre mes torts, même quand je les vois : autant le plaisir m’apparaissait coupable quand j’étais petit et je n’ai eu de cesse plus tard d’en abuser, autant je suis terrifié aujourd’hui de penser qu’il faut me priver de certains de ces plaisirs si je veux grandir, m’en débarrasser ou mourir avec comme dit Vonia, car ces plaisirs dénaturent le goût de ma vie en introduisant la culpabilité, donnée néfaste : si quelqu’un en moi répond “présent” quand il s’agit d’avoir honte, je ne peux avancer plus loin que ce quelqu’un qui est paralysé par la peur. L’homme fonctionne un peu comme une chaîne hi-fi dont les performances sont limitées par le plus médiocre de ses composants.  
J’ai passé ces dernières années à expérimenter ces plaisirs interdits, et la leçon que j’en retire est simple : ce n’est pas parce qu’ils sont agréables qu’ils sont défendus, c’est parce qu’ils isolent du monde et retranchent de soi et des autres que j’y renonce. Le plaisir ne vaut que s’il est partagé par tous est le credo de l’homme à la recherche d’une morale intelligente et humaine.

11 NOUS AVONS CHERCHÉ PAR LA PRIÈRE ET LA MÉDITATION À AMÉLIORER NOTRE CONTACT CONSCIENT AVEC DIEU, TEL QUE NOUS LE CONCEVIONS, LE PRIANT SEULEMENT POUR CONNAÎTRE SA VOLONTÉ À NOTRE ÉGARD ET POUR OBTENIR LA FORCE DE L’EXÉCUTER.

12 COMME RÉSULTAT DE CES ÉTAPES, NOUS AVONS CONNU UN RÉVEIL SPIRITUEL, NOUS AVONS ALORS ESSAYÉ DE TRANSMETTRE CE MESSAGE AUX ALCOOLIQUES ET DE METTRE EN PRATIQUE CES PRINCIPES DANS TOUS LES DOMAINES DE NOTRE VIE.

Fin septembre 93, première réunion au 65 rue de Belleville.Dans la cour intérieure de l’immeuble, 2 pancartes délimitent les options : “Vigneron” (locataire) à droite, A.A. à gauche. Autre sujet de plaisanterie pendant la réunion : une brochure circule, annonçant la sortie de”Dr Bob et les pionniers : biographie contenant les souvenirs des premiers A.A. dans le Midwest”, contrée sauvage infestée de dangereux pochtrons.
Ce que m’inspire cette 12ème étape : Le premier alcoolique à qui transmettre ce message, c’est moi, et ce chaque matin : j’ai “oublié” de venir en réunion pendant 6 mois et il aura fallu que ma nana me pousse du coude et me trouve  assez “énervé” pour m’indiquer qu’il était peut-être temps de revenir faire un tour en A.A.
Si je n’applique pas les principes de la 12ème, c’est évident que je vais replonger, dans l’alcool ou quelque chose de pire : ce qui m’a entraîné à boire, mes défauts de personnalité, sont toujours là; si je ne travaille pas cette matière, elle m’aura à l’usure. Elle a déjà usurpé une fois mon identité, même si je n’ai pas tout compris sur le moment quelque chose m’incite à faire semblant que si.
Mieux encore : c’est parce que je suis décidé à ce que Le Grand Changement amorcé par l’alcool continue qu’il me faut “transmettre et mettre en pratique ces principes”. Si je ne trouve pas quelque chose de plus fort que la picole, plouf !
Car comme le dit le bon  Bill, “la foi sans les oeuvres est une foi morte.Si un alcoolique néglige d’enrichir et de perfectionner sa vie spirituelle par son action auprès des autres et par le don de soi, il ne pourra pas survivre aux épreuves et aux dépressions qui le guettent. S’il ne se tenait pas ainsi occupé, l’alcoolique boirait sûrement de nouveau et, sûrement aussi, mourrait. Alors, la foi serait morte en effet.”
La difficulté à transmettre le message provient du fait que le seul message à transmettre tient en peu de mots : “Faites comme moi et vous verrez ce que vous verrez !”
Prêcher n’est pas enseigner.
Je m’aperçois que je suis un alcoolo ordinaire et ça me soulage ! Je me suis formé pour boire et constate que cet phénomène, relevant d’un apprentissage, est réversible ! J’aurais jamais pu croire il y a un an, que j’arriverais à m’arrêter un an. De même, je n’aurais pu penser connaître un éveil spirituel comme résultat des onze étapes - d’ailleurs peu pratiquées - bref, de jouir de la liberté qui découle de l’acceptation d’une discipline.
L’alcool, on en meurt pas : on en crève.
C’est la “maladie des émotions”.
Essayer de se changer ou s’accepter comme on est ?
Éveil ou ré-veil spirituel ?
Je ne peux convaincre personne : je peux juste être et prier qu’il y ait un échange réel, c’est à dire prier que l’autre soit aussi dans l’Etre. Je suis impuissant devant l’alcool de l’autre !
Serge : “Je ne peux faire les choses qu’avec joie et amour (légèreté et humour comme antidote à la lourdeur présente, c’est à dire celle qui n’est pas passée, comme le café moulu contient potentiellement un bon café liquide !) donc, je ne me mets rien sur les épaules, j’suis pas un boy-scout, l’alcool n’était qu’un symptôme de toutes les autres dépendances : le tabac, les médocs, la télé, le sexe et l’affect...aujourd’hui j’ai payé le prix, j’ai fait tous les plans, de mettre ma marraine dans mon lit jusqu’à repeindre l’appartement de mon parrain, et je viens ici pour nourrir mon âme, j’y trouve de la matière.

SÉANCE DU 06/10/93 à Belleville

“LA SEXUALITÉ”

Sous prétexte que ça rentre dans la 12ème, un modérateur propose une séance sur la sexualité.Après quelques contre-propositions peu constructives (on a essayé, et ça a dégénéré...), on attaque. Moi, tout crainteux, angoisse sur le fil à linge, me demandant si j’ai vraiment envie de parler de ça, domaine de ma vie où plus qu’ailleurs je ressens la honte et la frustration.
Pendant que chacun y va se sa petite histoire, j’élabore une stratégie, çàd je me mets à écrire des petits bouts de trucs en écoutant d’une oreille attentive mais désengagée, comme j’écouterais la radio.
Et je pense tout d’abord au bombardement médiatiquotidien des marchands de cul, qui n’ont pas pour volonté réelle de nous faire exploser la tronche avec leurs avalanches de foufounes à la devanture des kiosques mais dont c’est le gagne pain de nous vendre des fesses sur papier glacé. Si l’alcool ravale l’homme au rang de la bite, les murs de nos villes ne pensent qu’à ça.
Qui chantera la poésie urbaine des échangeurs autoroutiers de la fin des années 80, englués du sperme et de colle d’affiches pour des serveurs minitel genre “Suce-là” ou “Fais-moi partout” ? Personne, car elle est à chier. Mais c’est difficile de le dire avec la haine : quelque part en moi ces filles offertes réveillent le pornographe çàd le singe qui sommeille en moi. La misère sexuelle n’a pas de frontières, et on la voit toujours mieux dans l’oeil du voisin. Si je hais ce mercantilisme, je me range dans le camp des prévaricateurs et des pharisiens.
Pendant ce temps les clients de la réunion évoquent la sexualité comme territoire de reproduction. Un besoin vital comme manger, dormir. Un instinct qu’on ne peut forcer, mais que “ma Puissance Supérieure peut gérer”.
On fait remarquer que on peut aimer avant de désirer. Quand on est enfant, par exemple. Dartan disait aussi (çui-là, y me lâche pas) qu’on peut aimer après : avant que les feux du désir soient allumés et après qu’ils soient éteints. Spécificité de l’homme.
L’alcool a faussé et névrosé les idées, mes idées, qui du coup ne sont plus les miennes : on se laisse envahir par une sexualité de hall de gare, et d’ailleurs c’est comme une salle des pas perdus, où tout le monde passe en jetant son mouchoir et des regards indifférents. Le narcissisme, s’il est oubli de soi, est aussi oubli de l’autre.
Le sexe, est-ce faire l’amour ou prendre son pied ? L’amour me semble englober la sexualité dont celle-ci n’est qu’une dimension parcellaire, même et surtout les marchands de cul, alliés de nos manques les plus secrets, voudraient nous faire prendre la partie pour le tout.
“J’aimais, avant, mais comme un alcoolique”çàd dans une économie du manque et du trop plein.
Ils me font chier tous ces vieux alcoolos incapables de se remettre de leur dernière cuite, ceux qui traînent en réunion pour s’entendre dire qu’ils vont mal et qu’ils ne voient rien s’arranger avant 2012, avec leur putain de bouteille-épée de Damoclès accrochée au-dessus de leur tête.
Moi ma sexualité du tant de la boisson, c’est sûr qu’elle a été exfoliée, défrichée au napalm puis vitrifiée, supervixenée et renvoyée  à son néant, et moi avec. Ma misère sexuelle, c’est de pas pouvoir donner à ma compagne selon ses besoins et d’être encore trop asservi aux miens propres, et d’avoir à les assouvir à ses dépens, quand ce n’est pas aux miens. (pov’chou).
Enfin quoi les mecs, leur dis-je quand ce fut mon tour, la sexualité c’est une dimension spirituelle de l’être humain, et y a pas de quoi en faire un fromage : si c’est une dimension spirituelle, c’est une porte ouverte sur le haut et sur le bas, sur le ciel et sur l’enfer, c’est la lumière ou l’obscurité, et toutes les nuances entre. C’est de la branlette, ou c’est la rencontre avec l’Autre.
On est pollués par l’infosphère du cul. L’alcool et le sexe sont deux terrains minés par la religion, background cul-turel obligé. C’est un cocktail explosif, et je ne souhaite à personne qu’il lui pète à la gueule avec la violence à laquelle il nous a surpris, nous autres alcoolos qui voulions juste nous donner un peu de bon temps.
Les femmes sont moins emmerdées avec le sexe : elles ont “moins de pression”.
Le rêve d’une sexualité débridée, c’est un rêve de nippon érotomane : on rêve toujours de ce qu’on ne peut avoir. Ca n’existe pas, de pouvoir se taper plein de super-nanas, sans casse et sans soucis, mais c’est un fantasme typiquement mâle dont on se défait à partir du moment où on le reconnaît en soi pour ce qu’il est : une “trouvaille” de la nature pour nous inciter à nous reproduire à qui mieux mieux. Quelque chose en nous désire toutes les femmes et tous les biens de ce monde, afin que les plus forts l’emportent et fasse le jeu (et le lit) de la sélection naturelle. Certains biologistes vont jusqu’à dire que si les fesses des femmes sont rondes, c’est pour donner aux hommes l’envie de se reproduire.
Au cours de la séance, personne ne fait la remarque alcool = chaleur = sexe, reprenant le gag de la Murge qu’on pourrait tirer vers le haut plutôt que vers le bas : le sexe comme palliatif au partage, palliatif à l’union avec l’autre, palliatif à la fusion avec le Grand Tout, palliatif à plus de conscience du tout : pour avoir conscience, il faut au moins être deux, celui qui a conscience et l’objet que l’on observe. Il y a là une ravissante nana prénommée Patricia, trop belle pour des pochtrons, qui a l’air d’apprécier ce que je raconte. Avant de clore la réunion, on demande si quelqu’un a quelque chose à rajouter; en pensant à elle, je dis : “vous avez dit que la sexualité c’et la reproduction et le partage, moi je me suis reproduit, il reste le partage...”A suivre donc...
Le 9/11/93 à Belleville Amandiers
La Reconnaissance

Je fête mon premier anniversaire de sobriété. J’ai demandé à Clément, un vieux de la vieille qu’on croirait échappé mal en point d’un cauchemar de Michel Audiard, de “modérer” cette réunion. Beaucoup d’anciens sont venus, attirés par le Coca et les gâteaux. J’aurais bien invité  Thierry Nutchey, mais il est cloué chez lui par un cancer; je suis raisonnablement ému et précise que pendant cette première année j’ai eu la chance d’être épargné par la soif et par la vie, aussi; le thème du jour est la reconnaissance.
Clément parle bien de ses 25 ans de Murge entrecoupés de cures pénitentiaires, et cite presque l’évangile : ”Bienheureux ceux qui remercient”, la plus belle chose qu’il dit est qu’un mathématicien a calculé au cours d’une réunion que si chacun recevait en A.A. plus qu’il ne donnait, il fallait bien - c’est mathématique - que le reste vienne d’autre part; c’est aussi valide comme preuve ontologique de l’existence de Dieu que la fameuse “masse cachée de l’univers” déduite puis prouvée par l’astrophysique après observations des confins stellaires.
Tout le monde y va de son petit couplet sur le Merci à A.A, on fait bien le distinguo entre l’institution et les hommes qui la composent. Beaucoup reconnaissent qu’ils ne sont pas reconnaissants par nature, une femme explique même qu’ayant été abandonnée dans l’enfance pensait que la société avait une grosse dette envers elle; Clément, décidément au top, raconte qu’une de ses marraines lui avait rappelé que les individus s’adressaient au groupe et non à lui, Clément, un jour qu’il trouvait qu’il y avait plus de cons à l’intérieur qu’à  l’extérieur de A.A. Son “message à transmettre”, il dit que ça n’est jamais fini, puisqu’il ne désespère pas de voir son fils venir un jour en A.A. mais a “abandonné sa volonté” dans ce domaine.

Belleville Amandiers, mi décembre 93.

L’INSAISISSABLE HUMILITÉ

Arriver à la sobriété émotionnelle, pourquoi ? Pour éviter les cuites émotionnelles, voila pourquoi, voir mes démêlés avec Ptiluc, et toutes les autres “murges” d’humiliation. Olivier Julien m’appelle ce soir, il me flatte et je lui dis “heureusement que j’ai l’aiguille pour dégonfler l’Ego que tu me gonfles”, en fait rien n’est moins sûr : il faut parier que je l’ai mais s’activer à la trouver, y a urgence sur le front...
J’ai un critère infaillible pour savoir si je suis humble ou pas : dès que je crois l’être c’est que je ne le suis pas. Facile de pécher par orgueil, suffit d’oublier d’être humble. Lire la littérature A.A, n’importe quoi pour parer à cet oubli quotidien. Ce soir pour la première fois peut être j’écoute vraiment les autres me parler de leurs problèmes, mon coeur bat fort, angoissé à l’idée de ce que je vais bien pouvoir raconter sur le vaste sujet mais en même temps je me sens étrangement serein, je comprends en un instant que je ne suis que passager du bateau qui s’appelle la vie et qu’il ne sert à rien de me prendre pour le capitaine.
L’homme et le singe cohabitent en moi, il faut donner des cacahuètes au singe et accompagner l’homme à l’école de la vie, le faire grandir...il faut un super intendant pour mener ces taches à bien, un JE qui ne soit ni l’un ni l’autre ou alors l’autre de moi à ne pas confondre avec le Pauvre de moi ni le Purée de nouzautres qui s’immiscent sans relâche comme des bactéries de Cioran mal digérées.


Le 28/12/93 à Belleville Amandiers

LA TOLÉRANCE

Tolérer c’est aimer dit Robert; c’est donc aussi ne rien dire qui puisse blesser les croyances de l’autre; on ne peut partager sur les choses spirituelles pour la raison qu’il y a autant de fois que d’expériences, et autant d’expériences que d’experiencers.
De la même façon qu’on ne peut convertir quiconque à une foi religieuse sinon dans un intense climat de sympathie, on ne peut convaincre personne de la sobriété (les délices de...) tout au plus peut-on proposer d’essayer, de faire comme si... et de voir au bout d’un certain temps ce qui se passe.
J’ai arrêté de boire mais j’ai pas arrêté d’être con. En cela la sobriété est un douloureux éveil à un autre type de conscience de soi : celle qui sans être culpabilisante est blessée de saisir ses propres carences.

Début janvier 94 à Belleville Amandiers

Robert est en vacances, et Jean-Louis en profite pour me refiler la modération. Avec émotion, je cherche le verbe et le geste justes, comme je l’ai vu faire à cette table. Je ne m’en sors pas trop mal, malgré beaucoup d’hésitations et le satané pouvoir qu’ont les mots sur moi, qui m’entraînent vers le “professeur Person” qui sommeille en moi.
Deux jours plus tard, j’assiste à ma première réunion de R.I. au cours de laquelle le Comité  de l’InterGroupe Paris démissionne en bloc sauf Gérard, dans une ambiance qui me rappelle fortement mes vertes années à la FFMC et aux Jeunesses Communistes : je me dis que finalement les A.A. sont des pochtrons comme les autres, alors que eux semblent outrés d’assister à cette tentative de prise de pouvoir.
Une semaine plus tard, je m’apprête à modérer à Belleville, mais c’est Hervé qui vient (Jean-Louis et Robert sont en réunion RSG), encore une sacrée tète de breton, modérer sur le thème de”la clé de voûte de l’arc de triomphe”...

DIEU EST-IL SOLUBLE DANS L’ALCOOL ?

Me suis-je pris pour Dieu dans l’alcool ? Non, mais j’ai pris l’alcool pour la liberté, n’ayant pas eu d’autre liberté avant. Je croyais ma vie un drame, et mieux valait la vivre pleinement. La spiritualité représentait pour moi une roue de secours mais je savais bien les 3 autres crevées. L’alcool m’a abattu pour me ramener à la raison : youpie. Si je n’avais pas l’idée de Dieu au dessus de moi, je ne me sentirais plus péter (déjà que...) Sur quel type de valeurs est basée ma vie, par contre : des valeurs encore bien peu spirituelles, la tune, la tune...

LE PROGRÈS SPIRITUEL

Le progrès spirituel ne vaut que s'il est partagé par tous.
Qui dit partage dit transmission, ou enseignement. Les AA sont donc une machine à progresser, à s’enseigner les uns les autres.
Le progrès est le résultat d'une progression.
Dans la progression, on continue sans cesse à avancer,Alors que le progrès fait qu’on s’arrête, au moins pour regarder, constater qu’il a bien eu lieu ; il y a risque de le stigmatiser, d’empêcher la suite de la progression, dès qu’on en cause, dès qu’on s’en cause. c’est pourquoi il est important de me coucher en me disant que je suis moins con qu’hier et plus que demain. mais je tente le moins possible de constater des progrès, ou alors quand je ne peux vraiment plus me les cacher, mais heureusement c’est plutôt rare. Sinon, dès que je m’aperçois que j’ai monté quatre marches, je m’empresse de les redescendre, effrayé de l’altitude sauf si La Conscience est dans l'escalier.
La conscience est la concierge de l’escalier du progrès spirituel.

Quand on monte un escalier, c'est facile, on voit les marches, on sait immédiatement où on en est, le haut et le bas sont clairement définis. Dans le spirituel, c’est plus délicat : les étapes du programme sont des balises communes mais chaque escalier possède une tournure intimement personnelle.
 Regarder les outils, le programme, est moins fatiguant que de s’en servir, mais au bout d’un moment, c’est moins excitant aussi.

Comment reconnaître qu’on monte, qu’on descend ou qu’on fait du surplace ? il faut d’abord renoncer à l’échec, et ensuite renoncer quotidiennement au surplace : rien ne se fait dans ce domaine sans un minimum d’efforts, mais pas forcément dans la direction qu’on croit ; la volonté est un obstacle majeur au succès, c’est plutôt une communion avec soi qu’il faut rechercher, se prendre par la main plutôt que se foutre des baffes, faire la paix avec soi si on la recherche avec les autres.

Prêcher le progrès, ce n’est  pas l’enseigner : je suis seul à pouvoir accepter d’apprendre de mes erreurs.

A placer dans les innombrables interviews que la publication de La Murge ne manquera pas d’occasionner : dans ma chute, je me suis raccroché à l’humour parce que c’était la seule chose qui tenait encore debout en moi, que ça me permettait d’aborder mon alcoolisme d’une manière certes grinçante mais aussi sereine que si c’était arrivé à quelqu’un d’autre (tous les mecs qui boivent des coups dans le bouquin, c’est vraiment autobiodégraphique), et ça m’a aussi permis de miser trois sous sur une éventuelle rédemption en me détachant de mon problème, puisque je le projetais sur quelqu’un d’autre.

C’est très bien que ce bouquin sorte après la bagarre : alors que pendant des années c’était vital pour moi qu’il se retrouve en librairie sous quinzaine, j’avais peur qu’il ne sorte à titre posthume tant je fantasmais sur ma propre mort, alors que maintenant je suis agréablement surpris d’en être l’auteur, découvrant à posteriori que durant cette période noire de ma vie, la lumière n’était pas tout à fait éteinte puisque je trouvais encore moyen d’en rire.

Comme le dit Louis Jacques, moi aussi j’aimerais avoir quelque chose à dire, mais ce n’est pas le cas. Ce que j’ai à dire sur l’alcool, c’est dans le bouquin : l’alcool est comme un vieux copain sur qui on peut compter pour vous foutre dans la merde chaque fois que vous lui en laissez l’occasion : il raconte toujours la même histoire, comme dans la chanson de Charlélie Couture “l’histoire du loup dans la bergerie”.

Après les suicides collectifs des sectes, j’imagine la même chose aux AA, qui est perçue comme une secte par ceux qui n’en sont pas (c’est d’ailleurs ainsi que se définissent eux-mêmes les sectateurs) : on se réunirait pour une séance particulière, avec plein de bouteilles partout, gniak gniak, et on se pourrirait la gueule jusqu’à plus soif. Jean Yanne, dans une séquence de Regarde les hommes tomber, s’adressant à son voisin de comptoir : “Vous voulez pas sortir cinq minutes avec moi dehors, on se fout des pains, c’est super... - Bon, d’accord, mais pas longtemps alors, je dois aller chercher le gosse...

VIVRE ET LAISSER VIVRE.

L’Existence de l’Autre ne va pas de Soi, alors qu’elle devrait.
Autrement dit, la came isole de force.
D’ailleurs, qu’est-ce que l’égoïsme sinon la négation de la présence de l’Autre, son oubli ?
Or, l’acceptation de l’Autre est la condition du don de Soi, ce qui est très bon pour la santé. Le don de soi donne l’Amour, le vrai.
A tel point que les gens que je n’accepte pas, pas moyen de les aimer.
Je suis encore aujourd’hui choqué par l’existence du mal.
Les deux obstacles au vivre et laisser vivre : l’orgueil et le j’ai raison.

Le souvenir du malheur c’est du malheur, alors que le souvenir du bonheur c’est pas du bonheur.

Pour qu’ils arrivent, il est indispensable de croire aux miracles, sinon c’est pas la peine.

Pour combler le vide je faisais le plein, alors que  c’est encore plus de vide qu’il faut laisser entrer, ne plus faire obstacle.

Laisser vivre c’est aussi aménager l’espace en favorisant la croissance de l’autre.

DEVENIR ADULTE

Reconnaître en moi les désirs périmés, c’est éviter d’ouvrir les pots de yaourt dont la date de péremption m’indiquent clairement qu’ils me péteront à la gueule si je m’y risque.

On ne peut réparer les erreurs du passé mais on peut renoncer à les perpétuer au présent. Si j’étais dans l’état “d’éveil” (mystique), je ne serais pas ainsi perpétuellement troublé, apeuré, culpabilisé, néantifié (je ne sais rien, les autres savent tout) mais ces flips à répétition doivent me permettre d’atteindre une prises de conscience qui elle-même sert mon besoin de spiritualité. Et pour ça, oui, admettre mes torts est une étape obligée. D’un coté, je n’ai que mon ignorance à perdre, même si c’est une perte sèche : c’est mon ignorance qui me protège de la responsabilité de mes actes, mais en même temps c’est une foutaise, vu que je le sais ou que du moins je m’en doute.

LA 4ÈME ÉTAPE

les défauts de caractère reviennent me faire chier jusqu’à ce que je les aie résolus, c’est agaçant mais normal d’un point de vue technique. D’un point de vue spirituel, c’est quasi-sûr que ces gros crapauds n’attendent que des bisous pour se transformer en princesses, mais qu’est-ce qu’ils refoulent du goulot ! La quatrième, ça fait des années que j’essaye de la faire sur papier, mais je ne note que mes défaites, pas mes victoires : j’ai honteusement procédé à un inventaire moraliste et littéraire grossier de moi-même.
donc, en vertu du fait que j’arrive à me lamenter par écrit mais plus par oral, je dois adoucir mon juge intègre et mettre un balai (à poils durs) dans le cul de ma complaisance.
Je les connais bien, mes défauts, et je m’étonne toujours qu’ils ne disparaissent pas au moment même où j’en prends conscience, c’est une source perpétuelle de ricanement et de désespoir, bref de sensations intellectuelles fortes.
pas de morale, sinon “ne fais pas  à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fesse” mais passage à l’acte obligé : morale : repentir : rependu.
L’orgueil se manifeste dans les situations difficiles bien plus que dans les situations euphoriques, par un refus de l’acceptation et un repli sur soi. Mes défauts je les note à la sauvette dans un recoin du mac, l’homoncule qui seul tolère que je me plaigne en me renvoyant le silence des pixels, et je me casse en courant. Au lieu de ça c’est dans l’instant présent que j’ai besoin de cette conscience particulière à moi, ma conscience éthique (tant que je fais quelque chose et que ça me met pas mal avec moi, ça va) pour redresser mes comportements présents. Les regarder droits dans les yeux avec les yeux de l’amour et leur faire “BOUH !”
l’inventaire c’est aussi avec les autres et face aux événements, pour moi et pour aujourd’hui. Mais c’est vrai qu’un inventaire, ça a jamais tué personne, en plus si je le tente, j’aurai une qualité en plus c’est le courage.
Certaines déficiences me protègent du retour de l’orgueil.
La tyrannie de l’alcool c’est la tyrannie de la matière : “identifie-toi à moi, sinon...” avant je mettais des seaux pleins de merde en équilibre sur la porte avant de la franchir pour les prendre sur la tronche, maintenant, j’arrive à me voir les mettre et à passer par la fenêtre pour les éviter. Pourtant, comme Jean-Luc, je ne me crois pas mériter de vivrez des choses bonnes. L’idée la plus nuisible est donc bien celle que j’ai de moi, la vieille, à laquelle ne se superpose la nouvelle que dans la mesure où je pose des actes conscients pour la changer et pouvoir dire après “tiens, là j’ai fait autrement.” Non seulement je m’identifie à la vieille image, mais je pose les actes qui le prouvent (en fait, l’un ne va pas sans l’autre) ; et si j’en posais des nouveaux qui prouvent que je m’en détache ?
La joie de vivre c’est celle que je m’autorise à vivre.
A la permanence, j’essaye pendant 10 minutes d’ouvrir la porte de la cave avec la clef des chiottes, j’ai l’impression que dans ma vie c’est pareil : je cherche le sens de la vie dans le sexe, là où il n’est pas, ne peut être. Me rappeler, à chaque fois que je me retourne sur une jolie fille, que c’est l’instinct de reproduction qui se réveille et non un désir personnel.

on n'est absolument pas obligé d'être alcoolique pour apprécier la philosophie du mouvement, bien que ça soit pas contre indiqué non plus.



réunion AA du 01/07 2001à Rezé

LE CHANGEMENT

Accepter que ça aille pas vite pour que ça aille plus vite :j’aspire au changement, mais je m’aperçois que quelque chose en moi résiste : mes anciennes habitudes refusent de disparaitre sans combattre.
Si je me crispe face à cet éternel (?) retour du passé dans le présent, je lui donne l’avantage : c’est avec une écoeurante familliarité, née d’une trop longue cohabitation, que ces habitudes m’apostrophent, en me mettant (crois-je dans l’instant) au défi de rester sourd à leur appel.
Il me faut beaucoup de vigilance, et autant d’énergie, pour ne pas céder à leurs charmes croupis, et ne pas focaliser mon attention sur elles.
A force de poser des actes inédits et de répéter cet effort le plus souvent possible,  (on ne peut être dans le programme 24/24, y’a forcément des moments où je descends du vélo, au moins le temps de regonfler les pneus), j’apprends à développer une nouvelle forme d’intelligence - car le résultat de ces actes nouveaux sont des conséquences et des pensées nouvelles - qui se substitue progressivement à l’ancienne par augmentation de son temps d’antenne.
Je ne dois pas essayer de devenir un saint pour vendredi, et je dois accepter que cette résistance fasse partie elle-même du processus du changement.
Je ne peux changer tout seul, il faut que je demande de l’aide : c’est le changement qui opère (m’opère ? s’opère ???) en moi si j’accepte momentanément d’abandonner ma volonté déchainée  au profit de la confiance.
Ce sont les réactions des autres qui me permettent de prendre la mesure réelle du changement.
Il faut baisser les bras ET retrousser ses manches.