textessacres


fragments d'un enseignement en kit :


Il n'y a rien a chercher, parce qu'il n'y a rien à trouver. Tout est là. Toutes les idées de grandes choses, de sagesse, d'Eveil, de Maître, de Voie, sont autant d'obstacles. Il n'y a aucune idée qui tienne. La réalité, c'est la vie qui est là, tout de suite. Pour cette vie, hier et demain n'existent pas, ni le Maître ni l'Eveil. Le but de la quête, c'est d'abandonner la quête, afin de pouvoir vivre enfin sa vie. C'est l'idée de la voie qui crée la voie, mais enfin il n'y a pas de voie parce qu'il n'y a pas de but.

Essayons d'exprimer cela autrement. J'ai longtemps aspiré à la simplicité. Pour atteindre cette simplicité, j'ai essayé d'éliminer de mon existence toutes ses complications. On peut en éliminer un certain nombre. Mais il en reste toujours, les petits tracas quotidiens qui nous prennent la tête, les fâcheux qui téléphonent etc... J'avais l'impression que chacune de ces complications m'éloignait de moi-même en me distrayant. Et puis un jour, je me suis rendue compte que la simplicité était là. Au même endroit que la complication. Que la complication était une idée, et que cette idée se faisait exister elle-même. Ce qui m'éloignait du chemin, c'était l'idée que certaines choses m'éloignaient du chemin. Pas les choses.

Se rendre compte n'est pas une opération intellectuelle. C'est une SENSATION. La simplicité qui est là est une sensation. Avec la pratique de la conscience de soi, la seule chose qu'on apprend, c'est à ne plus se fier aux idées, mais aux sensations. Et ma sensation me dit qu'il n'y a rien à chercher.

Le lâcher-prise, n'est pas tant le lâcher de la gloire, de l'ambition et de l'argent que le lâcher des idées de ces choses là, mais surtout le lâcher de l'idéal et de la quête. Ce sont les idées racines de l'illusion. Tant que j'ai un idéal, je suis à côté de mes pompes, je vis dans un monde virtuel.

Il n'est pas nécessaire de cesser de penser. En revanche il est nécessaire de cesser de croire que les pensées sont la réalité. Mais il est loisible de penser une chose et d'en ressentir une autre. Il faut simplement éviter que la pensée recouvre la sensation. Non-mental, silence du mental etc... des IDEES ! Le piège est là. La vie se fout du mental ou du non-mental.

La vérité ultime, c'est moi en train d'écrire tout de suite. Si je pense que cette vérité est bien banale, c'est parce que je lui substitue un idéal. A ce jeu-là, on ne peut gagner. J'y ai joué pendant des années (depuis que je suis en âge de concevoir un idéal) et un jour j'ai compris que la seule chose qui me séparait de l'Eveil, c'était ça. On n'y échappe pas.

La question que devrait se poser finalement tout candidat à l'Eveil c'est : "Combien de temps vais-je chercher l'Eveil avant d'en avoir assez ?" La réponse à cette question est à peu près la réponse à cette autre question "Quand vais-je m'éveiller ?"

Le détachement est le détachement par rapport aux idées. Lorsque je réalise que ma vie jusqu'à présent n'était qu'un univers virtuel fait de mes idées, alors je me mets à vivre ma vie et là, je connais le véritable détachement, car ma vie n'a ni commencement ni fin selon sa propre perception, et tout y est bon. Peur et souffrance n'existent que dans le monde virtuel.




65. A Trudy, sa première femme : “Je ne peux pas te dire que je t’aime parce que je ne sais pas ce que ce mot veut dire. Je veux dire le mot “je”, mais ni “aimer” ni “te”.

66. A Annie, sa deuxième femme : “Je ne peux pas te dire que je t’aime parce que je sais ce que “te” et “aimer” veulent dire, et je ne sais pas ce que “je” veut dire”.

67. A Jenny, sa troisième femme : “Je ne peux pas te dire que je t’aime parce que je sais ce que “te” et “aimer” veulent dire.

68. A Maureen, sa quatrième femme : “Je ne peux pas te dire que je t’aime, parce que je sais ce que “te” veut dire.

69. A Dora, sa cinquième femme : “Je ne peux pas te dire que je t’aime”.

70. A propos de l’ensemble de ses cinq femmes, il fit un soir la remarque qu’il lui aurait été possible de leur dire simplement qu’il ne les aimait pas, parce qu’il aurait alors menti et aurait donc su ce qu’il voulait dire : il voulait mentir. Il semblait penser que les seules affirmations qu’une personne puisse énoncer en leur attribuant en même temps une signification étaient les affirmations que le locuteur sût être des mensonges.



triées parmi "une sélection de cent choses inintéressantes faites et dites par Hamilton Stark"

       (in “Hamilton Stark”, Russell Banks, Actes Sud)


Je les écoute m’expliquer avec une abondance de détails et de précisions de quelle façon je devrais m’y prendre s’il advenait qu’un jour je fusse enfermé dans le labyrinthe.
Je les écoute sans les interrompre, car, au vrai, que pourrais-je leur dire, sinon que ce labyrinthe est mon oeuvre et que, depuis trente ans bientôt, je ne cesse d’en perfectionner les dédales.
____________________________

Quelle n’est pas notre déception lorsque nous croyons avoir capturé un spécimen unique de l’espèce et qu’ensuite, avec la connaissance approfondie que nous avons de lui, nous nous apercevons qu’en réalité nous avons bel et bien affaire à ce qu’il y a de plus commun dans le genre.
Pouvons-nous nous expliquer ce qui a provoqué pareille erreur ? Serait-ce par exemple, le charme envoûtant d’un sourire, des lèvres doucement sensuelles écartées sur deux belles rangées de dents joliment plantées, ou l’innocence du regard, sa transparence liquide qui nous portait sans autre question au ravissement chaque fois qu’il se posait sur nous ou, peut-être, l’expression enfantine émanant de cette présence désirable que depuis nombre d’années on se languissait de s’approprier, promesse d’une félicité dont nous espérions les plus délicats émois, les épanchements les plus raffinés, quelque chose d’une indéfinissable séduction qui eût avec bonheur agrémenté nos derniers jours.
Enfin, la pièce a pris place dans nos boites de collectionneur, celles réservées aux trouvailles secondaires, de la catégorie vulgaire dans l’ordre qui est le sien. Pour mille raisons, nous préférons bien souvent même n’en pas faire état auprès des amis que nous avions naguère entretenus de nos recherches ou auxquels, dans notre enthousiasme passionné, nous avions eu la légèreté d’annoncer que nous avions réussi à mettre la main sur un exemplaire de choix.
Sans doute notre aspiration à un ultime bouleversement que nous eût causé une rencontre exceptionnelle est-elle à incriminer ; nous avons cru de bonne foi que l’émotion qu’il nous a été donné d’éprouver à une ou deux occasions dans le passé pouvait miraculeusement se reproduire au terme d’une existence d’une certaine manière vouée aux éblouissements de la rareté.
Contentons-nous des richesses que le hasard nous a allouées et, pour le reste, faisons en sorte d’oublier.

Louis Calaferte, Memento Mori.

Indiscipline  (le son qui va avec)


I do remember one thing.
It took hours and hours but..
by the time I was done with it,
I was so involved, I didn't know what to think.
I carried it around with me for days and days..
playing little games
like not looking at it for a whole day
and then.. looking at it.
to see if I still liked it.
I did.

I repeat myself when under stress.
I repeat myself when under stress.
I repeat myself when under stress.
I repeat myself when under stress.
I repeat..
The more I look at it,
the more I like it.
I do think it's good.
The fact is..
no matter how closely I study it,
no matter how I take it apart,
no matter how I break it down,
It remains consistant.
I wish you were here to see it.

I like it.


King Crimson
 


Je me rappelle une chose.
Cela a pris des heures et des heures mais...
Avant que j'aie été fait avec lui,
J'étais si impliqué, je ne savais pas quoi penser.
Je l'ai porté avec moi pendant des jours et des jours...
Jouant de petits jeux
Comme ne pas le regarder pendant toute une journée
Et ensuite... le regardant.
Pour voir si je l'aimais toujours.
Je l'ai fait.

Je me répète quand je suis sous pression.
Je me répète quand je suis sous pression.
Je me répète quand je suis sous pression.
Je me répète quand je suis sous pression.
Je me répète...
Et plus je le regarde,
Plus je l'aime.
Je pense que c'est bon.
Le fait est...
Peu importe combien étroitement je l'étudie,
Peu importe comment je le démonte,
Peu importe comment je le brise,
Il reste consistant.
J'aimerais que vous soyez là pour le voir.

Je l'aime.



Oui, c'est cela, mon cher Lucilius, revendique la possession de toi-même. Ton temps, jusqu'à présent, on te le prenait, on te le dérobait, il t'échappait. Récupère le et prends en soin. La vérité, crois-moi, la voici : notre temps, on nous en arrache une partie, on nous en détourne une autre, et le reste nous coule entre les doigts. Pourtant, il est encore plus blâmable de le perdre par négligence. Et, à bien y regarder, l’essentiel de la vie s’écoule à mal faire, une bonne partie à ne rien faire, toute la vie à faire autre chose que ce qu’il faudrait faire.

Tu peux me citer un homme qui accorde du prix au temps, qui reconnaisse la valeur d’une journée, qui comprenne qu’il meurt chaque jour ? Car notre erreur, c’est de voir la mort devant nous. Pour l’essentiel, elle est déjà passée. La partie de notre vie qui est derrière nous appartient à la mort. Fais donc, mon cher Lucilius, ce que tu me dis dans ta lettre : saisis-toi de chaque heure. Ainsi tu seras moins dépendant du lendemain puisque tu te seras emparé du jour présent. On remet la vie à plus tard, pendant ce temps, elle s’en va.

Tout se trouve, Lucilius, hors de notre portée. Seul le temps est à nous. Ce bien fuyant, glissant, c’est la seule chose dont la nature nous ait rendus possesseur : le premier venu nous l’enlève. Et la folie des mortels est sans limite : les plus petits cadeaux, ceux qui ne valent presque rien, et qu’on peut facilement remplacer, chacun en reconnaît la dette, alors que personne ne s’estime en rien redevable du temps qu’on lui accorde, c’est à dire de la seule chose qu’il ne peut pas nous rendre, fût-il le plus reconnaissant des hommes.

Sénèque, Lettres à Lucilius, 30 XI 0063

relents du passé :
HOMMAGE TARDIF A RICHARD BRAUTIGAN  1

C’est une idée que je n’avais pas envie de perdre. Va savoir pourquoi : pourquoi est-ce qu’on se titille un bouton qu’on a sous la langue jusqu’à ce qu’il libère son purulent nectar ? Viendrait-il à une personne saine d’esprit l’idée de ciseler ses stigmates comme autant de bijoux malades ?
C’était la seule idée raisonnable qui m’était venue dans la journée, et j’étais ma foi fort étonné de sa visite à l’heure tardive où me hantent d’habitude pensées plutôt déjantes.
Et en gros, elle me disait, cette pensée, que je ferais mieux, d’ici pas trop longtemps, mettons avant-hier, de me chercher un nouveau jeu où l’on ne perdrait pas sa mise. Car souvent naguère, c’est à dire jadis, je coupai à coeur et perdis mise et chemise ; et me trouvai fort dépité quand la fourmi fut niquée.
On s’habitue néanmoins à tout, et la chèvre sensuelle et haute sur pattes est assurément la biche du pauvre.
Las ! Mon esprit de synthèse battait la campagne au bras nonchalant de mon esprit d’analyse avec lequel il s’en était pris une bonne la veille.
J’étais donc au coeur de la dérive, conforté en l’icelle par les mots d’un ami disparu trop tôt, Dieu le tripote, qui m’avait déclaré en substance : “ On ne sait jamais avant la fin si ce qui nous arrive est tout, aussi ordinaire que ça paraisse, ou rien, aussi douloureux que ce soit.”
C’était aussi évocateur du déficit des années antérieures que la rencontre fortuite de Groucho Marx et Jacques Lacan autour d’une cuvette de chiottes quand il faut rendre à Jacob Delafon ce qui lui appartient.
Et je n’étais pas peu fier de ma fausse modestie, au vu de la crucialité de l’instant : j’avais désespérément besoin de prêter mes angoisses à quelqu’un, et comme d’habitude, j’étais le pire (et au demeurant le seul, et le premier, et le dernier) des connards à me tomber sous la main. J’avais appris à me protéger des autres, et n’arrivais plus guère à mentir, sauf à moi-même.
Nonobstant les artifices de la voix off, mon texte restait imbuvable, et les carottes semblaient plus que cuites. Il ne me resta plus alors qu’à m’attrister sur mon sort, tâche dont je m’acquittai sans céder aux charmes de l’Aspégic de service. Tant qu’à avoir la tête dans le cul, autant que ça fasse mal pour quelque chose...

HOMMAGE TARDIF A RICHARD BRAUTIGAN  2 : REQUIESCAT IN PAQUETS

“Est-ce qu’on t’a déjà lacéré le coeur avec un couteau à huîtres ?”
L’alcool m’avait plongé dans une crise de romantisme adolescent comme je ne m’en étais pas tapée depuis longtemps, et j’en étais présentement à confronter mes catastrophes passées aux siennes, histoire de lui faire passer le goût des larmes que mon éthylisme lui inspirait.
Comme elle était loin d’être une inconditionnelle de mon coté “Chateaubriand - dans - la - nuit- nocturne” et que ça faisait trois fois que je lui faisais le coup, elle entreprit alors de me laisser un bon souvenir d’elle en effaçant son numéro de téléphone de tous les carnets d’adresses que j’avais pu laisser traîner à sa portée. Je n’étais pas peu fier de concasser les menus fragments de la belle histoire qui s’esquissait à peine : j’allais dès le lendemain pouvoir retourner pointer à l’agence des Coeurs Brisés, et en plus ça ferait bien rire mes petits copains.
Après tout, qu’est-ce que j’en avais à foutre, de son corps ? J’en avais déjà un. Quant à son coeur, il était déjà loin, je le sentais, c’est pas après avoir passé la gerbillère qu’il allait revenir. Et pourtant, je suis sûr qu’elle aurait voulu que je vive chaque instant de ma vie avec la grâce et la candeur que je manifestais à son contact ; en cela peut-être désirait-elle me consolet par anticipation de son prochain départ. Comme ça, on était deux à me prévenir ; j’avais deviné dès le début que Laurence rimait avec En Partance.
Bientôt, nous ne nous revîmes plus que pour échanger d’acerbes propos sur la tristesse de l’homme en tant que mec. A son corps défendant,  je vécus alors une période lumineuse, correspondant trait pour trait au souhait qu’elle avait exprimé pour moi. J’étais toujours accro à elle, mais ma désinvolture avait repris le dessus, bien que les câlins d’après 22 heures fissent aussi cruellement défaut.

(1989...sic transit gloria mundi)


 


Les cigarettes avaient d'abord provoqué en lui une douleur psychique particulière, puis elles étaient devenues le remède particulier de cette douleur.
S'il avait eu à sa disposition un médicament contre la douleur en général, une potion à large spectre éliminant l'agitation globale et le sentiment d'étrangeté dont il croyait souffrir à chaque moment de sa vie en dehors du sommeil, et si cette potion avait été programmée pour le tuer en un laps de temps encore plus court et plus précis que le tabac, Wade aurait sans nul doute eu recours à cette thérapeutique. Même si la mort en résulte, la dépendance consiste à effacer la douleur par ce qui la provoque, et comme la mort est quand même au bout du chemin, qu'est-ce que ça peut faire ?
Il n'existait cependant pas de remède global dont il eût connaissance, et bien qu'il ne fût pas toujours de cet avis, c'était sans doute une chance pour lui. A présent, seules les cigarettes le tuaient - c'était peut-être suffisant."

Russell Banks," AFFLICTION", Babel


L'être humain est un lieu d'accueil
Chaque matin un nouvel arrivant.

Une joie, une déprime, une bassesse,
une prise de conscience momentanée arrive,
Tel un visiteur inattendu.

Accueille-les, divertis-les tous
Même s'il s'agit d'une foule de regrets
Qui d'un seul coup balaye ta maison
et la vide de tous ses biens.

Chaque hôte, quel qu'il soit, traite-le avec respect,
Peut-être te prépare-t-il
A de nouveaux ravissements.

Les noires pensées, la honte, la malveillance,
Rencontre-les à ta porte en riant
et invite-les à entrer.

Sois reconnaissant envers celui qui arrive
Quel qu'il soit.
Car chacun est envoyé comme un guide de l'au-delà.

cité par Jack Kornfield dans "après l'extase, la lessive"



"Les deux mamelles d'une spiritualité réussie"


par la Pythie, qui vient en mangeant.



Depuis le temps que je fréquente divers courants spirituels, j'ai pu remarquer que fort peu de gens obtenaient de réels fruits de leur pratique. On pourra se demander en vertu de quoi je me permets de juger de l'état de tel ou tel, je répondrai qu'il ne s'agit que de présomptions car en réalité nul ne peut vraiment savoir. Cependant :
- les gens qui s'asseoient juste devant vous sans se préoccuper de savoir s'ils gênent ou qui posent leurs affaires contre vous,
- les gens qui laissent traîner les fauteuils et la vaisselle sous la pluie aux retraites,
- les gens qui font un boucan d'enfer à trois heures du matin aux mêmes retraites,
en un mot :
- les gens pour qui l'Autre n'existe pas
... me semblent bien à plaindre.
 Récemment, j'assistais à un office d'obédience hindoue, et je me trouvais aux côtés d'un Noir (qui au demeurant semblait fort pieux) auquel j'aurais par conséquent été très heureuse d'adresser la parole - mais pas moyen de seulement croiser son regard. Idem pour la majorité des autres participants. Cela m'a fait toucher du doigt ce qui est à mon avis le principal défaut des réunions spirituelles : on se réunit pour adorer Dieu, méditer, écouter un gourou... et dans ces réunions, l'autre n'existe pas. A croire que l'Eveil est tout là-haut dans le ciel et qu'on l'atteindra plus rapidement en passant par-dessus la tête de notre prochain. Ce qui me fait également penser à une phrase qu'on m'a écrite récemment : "Actuellement, je suis trop pris par mes projets pour m'occuper des autres". Cependant j'aimerais qu'on me dise : quel est le projet dont l'Autre peut être exclu ? Le perfectionnement spirituel dans la solitude, peut-être ? Voire... La lecture de l'Autobiographie d'un yogi de Yogananda m'a fait comprendre la différence fondamentale qui existait entre, disons, un certain type d'occidentaux, et un certain type d'orientaux. D'un côté, on a ceux qui demandent toujours pour eux-mêmes (l'Eveil, la connaissance, les expériences etc) et d'un autre côté, on a ceux qui demandent un peu pour eux-mêmes (uniquement l'amour divin) et beaucoup pour les autres (tout le reste). Chez la plupart des bouddhistes par exemple, le seul Autre digne d'intérêt c'est le Maître, et encore, uniquement parce qu'on en attend quelque chose, car j'ai rarement vu de véritable dévotion. En effet, la véritable dévotion devrait conduire à l'ouverture envers tous les êtres alors qu'elle ne conduit généralement qu'à arborer un sourire extatique pendant les enseignements du maître, et à snober royalement les autres disciples. Les tibétains nous parlent sans cesse de la boddhicitta (ou "esprit d'éveil" qui est en fait une attention-compassion portée à tous les êtres), mais cela reste un voeu pieux. Pourquoi ? Parce que les disciples sont tellement pris dans leurs propres souffrances que leur unique désir est de fuir cette situation désastreuse : ils recherchent des états de béatitude dans la méditation, au lieu d'essayer de comprendre les raisons de leur séparation avec Dieu, la création, ou leur prochain, qui est en fait le véritable problème.


Est-il besoin, me dira-t-on, d'écrire une énième exhortation à l'amour du prochain, ce qui a déjà été fait des milliers de fois, et bien mieux ? Peut-être, oui, car mon intention n'est pas ici d'exhorter à quoi que ce soit, mais de prouver que SANS l'amour du prochain, aucun progrès ne peut être accompli en spiritualité. Si on vous dit :"Passe ton bac, tu seras un bon garçon", vous vous en foutez, mais si on vous dit :"Sans ton bac, t'auras pas de boulot", et qu'on vous le prouve chiffres à l'appui, vous y réfléchissez à deux fois.

Là, c'est pareil : après avoir lu quelques tonnes d'ouvrages, on pourrait s'imaginer que la pratique méditative seule conduit son homme à la réalisation, le reste n'étant que fioritures. Malheureusement, ainsi que je l'ai exposé dans un précédent article (les pieds, élément-clé de la méditation), toute pratique méditative efficace conduira le chi à monter dans la tête, ce qu'il faut absolument éviter car le cerveau n'est pas du tout fait pour ça. Cependant, les sages taoïstes nous apprennent (et pas seulement eux) que c'est en montant à la tête que l'énergie fait rajeunir l'homme (et ouvre les centres supérieurs, auxquels d'ordinaire on lie tous les états d'Eveil). Nous voilà donc devant un paradoxe : 1) le Chi ne doit pas monter à la tête (croyez-moi) 2) une énergie doit monter à la tête pour ouvrir les centres supérieurs (c'est écrit partout). Personnellement, comme je suis une nature simple, j'en ai tiré la conclusion évidente : ça ne peut pas être du Chi. Alors quoi d'autre ? Les textes taoïstes, encore eux, nous parlent d'un autre type d'énergie, plus subtile : l'énergie spirituelle, ou Shen. Et bien que les textes ne disent pas clairement que c'est le Shen qui doit opérer l'ouverture des centres supérieurs, ça me paraît évident. D'où la question : où le Chi se transforme-t-il en Shen ? La réponse est donnée par les textes : dans le "champ de cinabre médian". Autrement dit : le coeur. Une fois qu'on tient l'explication, beaucoup de choses s'éclairent. Pourquoi les maîtres de Chi-Qong ou de Tai-Chi ne forment pas de maître occidentaux de leur niveau. Pourquoi les lamas tibétains ne forment pas de lamas occidentaux de leur niveau... La réponse semble simple : là-bas, ils ont une tradition de dévotion que nous n'imaginons pas. On se prosterne aux pieds du maîtres, on serait prêt à tout abandonner pour lui, à tout lui donner, on lui voue une confiance aveugle et tout à l'avenant. Ici, on lui file son fric, et on considère qu'il doit nous apprendre ce qu'il sait. Mais le malheureux, il serait bien en peine de le faire : tout le succès dépend de la centrale de transmutation énergétique "coeur", et quand elle est fermée, tout le processus s'inverse, l'élève devient fou.

En fait, nous autres occidentaux faisons tout à l'envers, nous mettons la technique en premier (culture scientifique, sans doute), et nous croyons que le reste suivra, alors que c'est le contraire. Les descriptions techniques à mon avis sont là pour accompagner et aider un processus spontané. Un autre exemple, toujours dans le taoïsme : il est dit que l'homme en "préservant sa semence" peut inverser ses circuits énergétiques et rajeunir. Et nous avons donc un tas de braves garçons qui font tout leur possible pour "retenir leur semence", sans cependant obtenir de résultats très évidents. Et pour cause, car là encore, c'est prendre la conséquence pour la cause. Il apparaît plutôt que lorsque le coeur est ouvert, l'énergie monte automatiquement, se transmute de "sexuelle" en "spirituelle", et qu'il n'est nul besoin de retenir une quelconque semence. J'en ai trouvé fort étrangement confirmation dans un texte du christianisme orthodoxe, expliquant que l'eros (le désir humain) pouvait être un puissant levier dans la progression spirituelle car, parvenant au niveau du coeur, il se transformait en amour divin. Et de toutes façons, n'importe qui peut l'expérimenter. L'énergie sexuelle qui, à la base, véhicule souvent un instinct d'agression, se transforme miraculeusement en élan spirituel en traversant le coeur.

Plus globalement, lorsque le coeur commence à remplir le rôle qui devrait être le sien, c'est toute la perception du monde qui change. On se rend compte que les vérités énoncées par les uns et les autres ne dépendent jamais que de leur état énergétique. Pour qui a le coeur bouclé à double tour, la progression de la "racaille" parisienne dans le centre ville poussera à s'acheter une arme. Sans parler des salauds qui nous encerclent de toutes parts, nous contraignant à jouer un remake du Survivant. C'est la façon paraît-il "raisonnable" ou "rationnelle" de voir les choses (statistiques en main). Inversement, surgit une façon pas du tout raisonnable de considérer les choses, mais combien plus intéressante. La "caillera" n'existe que dans le regard de celui qui regarde, tout comme les salauds, deux catégories dont l'existence se retrouve étrangement remise en cause si Dieu ou le Tao nous font la grâce d'être plus proches d'eux. Il ne s'agit pas de fermer les yeux, mais simplement de se rendre compte que le jugement n'a plus lieu.

Admettons, mais cette ouverture, comment l'obtenir ? Simple et compliqué. Simple, car il suffit de le vouloir. Compliqué, car nos propres problèmes nous empêchent de le vouloir. Beaucoup s'imaginent aimer les autres qui prennent leur fusil à la première alarme. Je crois qu'il faut donc commencer par se rendre compte qu'on n'aime pas les autres (je ne parle pas pour tout le monde car certains ont cette grâce depuis l'enfance), et qu'on n'a pas du tout envie de les aimer (et aucune raison de le faire puisque ce sont des salauds). C'est ici, je pense, qu'intervient la vigilance, l'attention, la conscience. Etre conscient de ses gestes, sensations, pensées, ou encore de la respiration - en quelques semaines, quelques mois, quelques années, c'est le seul moyen je crois qui permette d'affronter ses fantômes personnels et dissiper peu à peu leur influence, suffisamment pour que l'amour divin puisse se manifester sans être récupéré. En effet, comme je l'ai dit, cet amour est une grâce (on l'obtient en la demandant, mais je ne crois pas qu'on puisse être jamais certain de l'avoir pour toujours), et sans une lucidité suffisante, on pourrait fort bien s'imaginer qu'on l'a obtenue tout seul. Ou qu'on est vraiment quelqu'un de très bien. Ou au contraire qu'on n'est qu'un misérable ver de terre indigne. En fait, je crois que rien de tout cela n'est vrai. La pratique de l'attention permet de se rendre compte que la vérité est toute différente, et parfaitement inexprimable : "je suis responsable et ne le suis pas, je suis libre et déterminé" n'est qu'une piètre approximation de ce qui est perçu, mais il n'y en a pas de meilleure. De même, je dirais que Dieu n'est ni moi ni pas moi, qu'il n'est ni transcendant ni immanent, bref que c'est beaucoup plus compliqué.

En ce qui concerne les principaux problèmes que chacun aura à résoudre, j'en vois trois (mais il est possible que ce soit bien pire). Celui qui vient de la mère, celui qui vient du père, et le sien propre. Je ne suis pas psy, et je m'avance beaucoup, mais j'aurais tendance à dire que les problèmes qui viennent des parents ne sont pas ceux qui sont évidents, mais ceux qui sont invisibles. Par exemple, si le père est paranoïaque, il est peu probable que le fils en hérite. Par contre, il se peut que le père ait une crainte très cachée de devenir fou, parce que sa mère a fini à l'asile, et qu'il n'en ait jamais parlé à personne. C'est de cela dont le fils va préférentiellement hériter. On peut appeler ça le "karma familial", et tant qu'on n'a pas mis la main dessus, sans parler de le résoudre, les chutes sont beaucoup plus spectaculaires, de la "grâce" à la "nuit obscure".

En ce qui concerne le problème strictement personnel de chacun, j'ai une théorie simplette qui vaut ce qu'elle vaut mais qui donne une assez bonne idée du travail à accomplir. On peut considérer qu'il existe deux types de structures psychologiques : celles qui se construisent sur l'idée de ses propres vertus, et celles qui se contruisent contre la connerie des autres. D'un côté, on a celui qui va dire du bien des autres (et le penser) pour que les autres disent du bien de lui, et de l'autre côté, on a celui qui va dire du mal des autres et qui se fout qu'on dise du mal de lui. Dans les deux cas, le travail sera différent : pour le premier, toute la difficulté sera de reconnaître ses propres défauts, car son moi s'est construit sur l'idée de sa propre excellence. Pour le deuxième la difficulté sera de reconnaître les vertus des autres : en effet, ses défauts, il les clame à la face du monde. Si quelqu'un vous dit :"Je suis un mec bien, je reconnais mes défauts, pourquoi est-ce que les autres ne sont pas foutus de reconnaître leurs propres défauts ?" vous pouvez éventuellement lui signaler que la difficulté pour lui n'est pas de reconnaître ses défauts mais de reconnaître les qualités des autres. Et inversement, quelqu'un qui reconnaît beaucoup aux autres aura souvent du mal à accepter ses défauts.

Ces problèmes pourraient être réglés en s'aimant soi-même, malheureusement on est rarement en état de s'aimer soi-même quand on les a. En revanche, la pratique de l'attention est à notre portée, même si elle est difficile, et permet de résoudre déjà bien des choses.

En fin de compte, je dirais 1) que nos progrès spirituels, au début, dépendent de nos efforts de conscience, dont nous sommes relativement responsables, 2) que cette conscience doit conduire à simplifier suffisamment l'équation personnelle pour que l'on soit en mesure de demander une grâce divine 3) que c'est cette grâce qui nous met sur le vrai chemin. Il y a aussi le cas de ceux qui ont d'abord la grâce, mais il est bien connu qu'il la perdent, précisément parce que le psychisme n'est pas nettoyé, et qu'ils se retrouvent finalement au 1). Dans tous les cas, nous devons faire le premier pas, et il est certain qu'il coûte énormément, mais s'il conduit à adopter la bonne perspective, il y a des raisons d'espérer. Je ne sais plus quelle sainte disait que si on se donne la peine de monter la première marche, Dieu nous prend ensuite dans l'ascenseur.



VERS LA SÉRÉNITÉ

Celui qui n’accepte pas ce monde n’y bâtit pas de maison. S’il a froid, c’est sans avoir froid. Il a chaud sans chaleur. S’il abat des bouleaux, c’est comme s’il n’abattait rien; mais les bouleaux sont là, par terre et il reçoit l’argent convenu, ou bien il ne reçoit que des coups. Il reçoit les coups comme un don sans signification, et il repart sans s’étonner.
Il boit l’eau sans avoir soif, il s’enfonce dans le roc sans se trouver mal.
La jambe cassée, sous un camion, il garde son air habituel et songe à la paix, à la paix, à la paix si difficile à obtenir, si difficile à garder, à la paix.
Sans être jamais sorti, le monde lui est familier. Il connait bien la mer. La mer est constamment sous lui, une mer sans eau, mais non pas sans vagues, mais non pas sans étendue. Il connait bien les rivières. Elles le traversent constamment, sans eau mais non pas sans largeur, mais non pas sans torrents soudains.
Des ouragans sans air font rage en lui. L’immobilité de la Terre est aussi la sienne. Des routes, des véhicules, des troupeaux sans fin le parcourent, et un grand arbre sans cellulose mais bien ferme mûrit en lui un fruit amer, amer souvent, doux rarement.
Ainsi à l’écart, toujours seul au rendez-vous, sans jamais retenir une main dans ses mains, il songe, le hameçon au coeur, à la paix, à la damnée paix lancinante, la sienne, et à la paix qu’on dit être par-dessus cette paix.

HENRI MICHAUX

Sujet du message: Le Père, le Fils, le Saint-Esprit et la fin des haricots     

(trouvé sur un forum)

L*** m'avait mise en demeure de donner le mode d'emploi du côté obscur, tant pis ça ne sera pas pour ce soir, mais en attendant je vais quand même en parler.
Alors voilà, pour ceux qui s'imaginent que la Trinité est une invention typiquement chrétienne, il n'en est rien, puisque chez les bouddhistes, nous retrouvons exactement la même chose.
Le Père, c'est la vacuité, qui est source absolument de tout, mais qui n'est pas objectivable, en ce sens qu'on ne peut pas en faire un objet qu'on pourrait saisir, et dire qu'il est ceci ou cela. Il est dans tout, puisqu'il est à l'origine de tout, mais il n'est lui-même pas quelque chose. D'ailleurs un mystique avait écrit à ce sujet :"Une chose ne peut être rendue manifeste que par son contraire, or Dieu n'a pas de contraire, il n'est donc pas manifeste".
Le Fils, c'est la lumière, qui jaillit directement de la vacuité, et de cette lumière naissent les objets. Le Fils, c'est donc la manifestation, des niveaux les plus subtils aux plus grossiers.
Mais pourquoi le Saint-Esprit ? Parce que la lumière et la vacuité ne peuvent être séparées. En effet, si on les sépare, on obtient 2 hérésies bien connues :
- l'hérésie sataniste, qui est aussi celle de la négation. La vacuité sans la lumière, donc, objectivée, cela devient le vide. Le néant. C'est la négation de toute manifestation. De nombreux méditants tombent dans ce travers, essayant de s'établir dans l'état sans pensées, sous prétexte qu'il serait supérieur à l'état avec pensées. Ce qui est souhaitable, c'est que la manifestation ne soit pas saisie, ou objectivée. Pas qu'elle disparaisse. La spiritualité ne s'oppose nullement au monde. En ce sens, tous ceux qui pratiquent la spiritualité pour échapper au monde, aux pensées, ou à quoi que ce soit d'autre, en désirant la cessation relative de ces choses, sont du côté de Satan, celui qui nie.
- l'hérésie luciférienne, qui correspond à la conscience cosmique (voir post sur le sujet). Objectiver la lumière, cela revient à lui donner une réalité absolue (non relativisiée par la vacuité), par conséquent cela revient à hiérarchiser la manifestation avec au sommet l'Unité. Ou l'Atman. Qui en est la source. Mais à partir du moment où on accorde une réalité à toutes ces apparences, l'Un devient l'ennemi du multiple, ce qui est infini, la lumière primordiale, devient l'ennemi de ce qui est fini, la matière fragmentée.
Voilà pourquoi le Christ, infini par un certain côté de sa nature, s'est fait fini, obéissant, en quelque sorte, à l'injonction du Père. En ceci il a montré que ce qui était fini n'était pas supérieur en essence à ce qui était infini.
La vacuité, c'est ce qui remet tout à niveau.

Le Saint Esprit est donc le lien qui garantit l'union de la lumière et de la vacuité, afin que le monde puisse exister.

Certains trouveront peut-être ce texte théorique, en réalité il est absolument pratique.
Que la pratique ou l'esprit du pratiquant glisse d'un côté ou de l'autre, négation du monde, ou affirmation du Sujet absolu, et c'est la fin des haricots.
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   Sujet du message: encore des questions     

Très interessant, et relativement clair, me viennent cependant qq questions :
-il manque la finalité de tout ça
-la notion de chute du paradis, la faute, la lumière primordiale reste t elle lumière primordiale ?
-le fils est la lumière primordiale, quel est le role du Christ fils incarné ?
-le monde n'est pas fait que de lumière
-quels sont des exemples pratiques de négation du monde, ou d'affirmation du sujet absolu ( on va dire au quotidien ) ?
    
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La finalité de tout ça, c'est la joie. Voir à ce sujet mon célèbre texte "Ce que tout le monde a toujours voulu ou pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?"

 http://florence.ghibellini.free.fr/flo/autoliberation.htm

La lumière primordiale est la source de tout, un peu comme l'hydrogène est la source de tout (au début on dit qu'il n'y avait que de l'hydrogène, qui s'est dégradé en d'autres éléments). Sauf que cette lumière primordiale, d'après ceux qui l'ont vue, crée le monde plusieurs milliards de fois par seconde. (Il ne s'agit donc pas de photons, mais d'une lumière non matérielle). Elle est à la source de chaque atome.
(ça me fait penser qu'il faudra que j'écrive sur le "péché originel"... qui n'a rien à voir avec cette affaire)

Le rôle du fils c'est de parler au nom du Père, c'est à dire de témoigner que le plus petit et le plus grand sont égaux face au Père. En se faisant lui-même fini, il montre que l'infini n'est pas mieux que le plus petit atome de matière. Au regard de la vacuité qui est la source de tout, tout à la même valeur. ça ne signifie pas qu'il n'y a pas de valeur relative, mais ces valeurs relatives ne doivent pas devenir des valeurs absolues, et donc séparer les gens. Un Maître a, relativement, plus de valeur qu'un crétin, mais les deux sont égaux face au Père.

L'exemple de négation du monde, c'est le mec qui va au monastère en rejetant toute vie "profane", le mec qui médite pour être dans la non-pensée, parce ses pensées le broutent, celui qui dit qu'il ne veut pas des biens de ce monde parce qu'il en a été frustré, celui qui désire l'extinction parce que sa vie ne lui convient pas... voilà pourquoi le suicide a toujours été considéré comme un péché rédhibitoire, car c'est l'acte de négation par excellence.
Au niveau du sujet absolu, c'est plus rare, car il faudrait déjà l'avoir atteint. Mais c'est dégradé dans la vision new-age, tout est beau, tout est compassion, la lumière est partout etc... en ignorant royalement tout ce qui contredit cela. Comme le bonne femme qui laisse crever sa mère parce que les guides de lumière lui ont dit qu'elle devrait entrer dans un nouveau stade de développement. Au niveau des gens ayant atteint le sujet absolu il y a bien évidemment SJ, et alors son cas est typique, car il a l'air complètement allumé avec des étoiles dans les yeux, et en même temps on voit clairement dans son comportement qu'il n'en a rien à foutre de personne. D'ailleurs il va répétant à qui veut l'entendre "il n'y a que moi". C'est d'ailleurs la vérité, mais ce n'est pas relativisé par le fait que ce moi absolu et magnifique, son âme, n'a pas plus d'existence intrinsèque qu'une crotte de bique. Dans le sujet absolu, il n'y a pas de compassion réelle, juste une espèce d'expansion de soi infinie.

Sujet du message: C'est quoi la conscience cosmique ?     

La chose est dénoncée par bon nombres de maîtres comme étant l'erreur ultime, Chogyam Trungpa parle du gorille cosmique - l'ego à la dimension de l'univers / fusion totale avec son propre ego et source de pouvoirs -, Maître Eckhart parle d'aller au Père sans passer par le Fils comme tentation luciférienne par excellence, visiblement il y a un rapport, mais, damned, de quoi ça parle ?
En y regardant de plus près, ça parle finalement de la chausse-trappe dans laquelle la plupart des faux-gourous sont tombés.
La conscience possède cette étrange faculté de pouvoir tout inclure - expérience d'unité. Mais quand cette unité est perçue comme l'expérience ultime, elle exclut, finalement, ce qui est fini. Comme si le Père prétextant de son infinitude, avait refusé de s'incarner dans un Fils humain, sous prétexte que ce qui est fini, c'est forcément inférieur à ce qui est infini. Ce qui conduit, de fil en aiguille, à ignorer tout ce qui est fini - c'est à dire tout.
ça donne des discours du style : "tout est moi, tout est amour" etc etc... associée à l'ignorance complète de l'existence des autres.
SJ*, le célèbre éveillé, est un bon exemple de la chose. Il ne voit ni n'entend personne, forcément, puisque tout est lui. Sa vie est donc un monologue. Un monologue édénique, peut-être, quoique... et dans ce monologue, souvent, il emmerde le monde, y compris ses proches. De toutes façons, dans son monde, il est tout-puissant. Le témoignage de la Première Personne conçue comme l'expérience ultime est finalement la description ultime de la fusion avec l'ego, coïncidant avec les limites de l'univers.
Comme dirait les bouddhistes, ça manque un peu de compassion, forcément puisque ça manque de vacuité. C'est l'univers de l'auto-satisfaction par excellence... mais aussi de la peur, parce que cet ego absolu, tout de même, il est fragile.
La vacuité, en l'occurrence, c'est de voir que cet ego cosmique est vide, aussi vide que les egos non-cosmiques, donc vraiment il n'y a aucune différence, et donc tout ce qui est fini peut-être considéré à l'égal de l'infini. C'est finalement bien vrai que la compassion naît de la vacuité.

Cependant il faut se garder de juger ceux qui sont tombés dans la chausse-trappe de l'ego cosmique. En effet, ils ne sont en rien responsables. Leur attitude n'est que la conséquence d'un ensemble de forces qui, s'appliquant d'une certaine manière, ne peuvent avoir d'autre résultat. Le problème de cette moïté absolue, ce qui la maintient, c'est la complaisance, mais cette complaisance n'a pas de sujet, en fait. Elle est simplement là, et personne n'y peut rien, elle ne se défera que par l'action d'une force opposée, qui elle non plus, n'aura pas davantage de sujet.
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 Sujet du message: je ne comprends pas     
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Bonsoir,
"Cependant il faut se garder de juger ceux qui sont tombés dans la chausse-trappe de l'ego cosmique. En effet, ils ne sont en rien responsables. Leur attitude n'est que la conséquence d'un ensemble de forces qui, s'appliquant d'une certaine manière, ne peuvent avoir d'autre résultat. Le problème de cette moïté absolue, ce qui la maintient, c'est la complaisance, mais cette complaisance n'a pas de sujet, en fait. Elle est simplement là, et personne n'y peut rien, elle ne se défera que par l'action d'une force opposée, qui elle non plus, n'aura pas davantage de sujet."
Je suis d'accord sur le fait de ne pas les juger, mais dire qu'ils ne sont pas responsables n'est pas juste, car justement s'ils font cette expérience de la conscience illimité, ils ont forcément conscience des forces dont tu parles et de leur complaisance. S'il n'en ont pas conscience alors ce n'est pas la conscience illimité.
Ensuite je ne comprends pas bien la notion de vacuité telle que tu l'exprimes " tout ce qui est fini peut etre considéré à l'égal de l'infini"mentalement je comprends mais je ne vois pas l'interet de savoir cela d'abord et ensuite je ne vois pas la réalité derrière ces mots.
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Ils ont effectivement conscience des forces et de leur complaisance et n'ont pas le choix parce que ces forces les dépassent, et leur complaisance aussi. Lorsque quelqu'un cède à une tentation c'est toujours le même mécanisme quel qu'il soit : la jouissance immédiate qui en est retirée est supérieur à tous les autres impératifs. C'est mécanique. Si les autres impératifs deviennent supérieurs, alors la complaisance cesse.
Ils n'ont que la possibilité de voir que dans l'action des forces en jeux, certaines sont supérieures à d'autres.
Conscience d'unité ne signifie pas pouvoir illimité, et encore moins pouvoir de changer ce qui est, puisque pour qu'il y ait pouvoir il faudrait qu'il y ait libre-arbitre, or il n'y a rien de tel.
Pour l'infini et le fini, l'intérêt n'est pas de le savoir mais de le ressentir. La compassion (et donc la communication) ne peut venir que quand tu te ressens comme les autres, et si tu est dans l'expérience de l'unité, tu ne peux te ressentir comme les autres (qui eux ne sont pas dans cette conscience) que si tu perçois la vacuité de tous les états de conscience, et donc leur équivalence. L'unité n'est donc plus supérieure à la séparation. Par contre tant que tu penses que l'unité est le but ultime, l'unité étant de toutes façons personnelle, tu ne peux que te l'approprier et te retrouver finalement tout seul dans ton état divin. Ou seul avec dieu, mais séparé des autres.
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  Sujet du message: la responsabilité     
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Hello
Tu dis " Lorsque quelqu'un cède à une tentation c'est toujours le même mécanisme quel qu'il soit : la jouissance immédiate qui en est retirée est supérieur à tous les autres impératifs." oui mais il ya toujours aussi la possibilité de ne pas céder à la tentation, quand justement le choix que l'on fait n'est pas celui de la jouissance immédiate. Il y a dans ce choix la responsabilité de chacun, je crois que si comme tu dis ces prétendus éveillés sont dans l'erreur ils le savent et c'est aussi une conséquence de leur choix, ils sont donc responsables.
Etre conscient de tes conditionnements de tes instincts, te rend forcément reponsable ensuite. Le fait que tu ne te sentes pas assez fort pour ne pas y céder, que tu ne saches pas comment faire est un autre problème, mais je reste persuadé qu'il ya toujours la possibilité de se libérer de ces mécanismes et donc est responsable celui qui ne met pas tout en oeuvre pour cela. Ensuite que ton choix soit de ne pas changer, de continuer à privilégier la jouissance est une possibilité, mais c'est également celle d'un etre responsable.
Pour le reste de ton message, je comprends mieux ce que tu as voulu dire.
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 Sujet du message: a propos du libre arbitre : mythe demoniaque ou pas     
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Citation:

Notre Pere qui etes aux cieux
que ton Nom soit sanctifie
que ton Regne arrive
Que ta Volonte soit faite sur la Terre comme au Ciel
Donne nous aujourd'hui notre pain de ce jour
Pardonne nous nos offences ...
... comme nous pardonnons aussi a ceux qui nous offens'e
et delivre nous du mal
car c'est a toi qu'appartiennent la Puissance, le Regne et la Gloire
pour les Siecles des Siecles
Amen


Dixit Jesus ca semblerait lui appartenir ce genre de chose ... mais faut dire qu'il tient peut etre ca de son Papa, lui non plus considere que la connaissance du bien et du mal ( ca s'appelle aussi la Morale ) ne sont pas des trucs tres saint pour le nhumain ( la preuve quand on l'acquiert par erreur - sans vraiment savoir que c'etait mal puisqu'alors on l'avait pas manger le fruit, il gueule et nous chasse de l'eden )

Ramana maharshi n'est pas d'accord avec toi non plus lucien ( pour lui le libre arbitre c'est a la rigueur s'identifier ou non aux conditionnements )

Maintenant personnellement j'en sais trop rien, ca depend des jours.Revenir en haut
         
 Sujet du message: Prières et mantras nous mènent sur la voie     
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Qui est ce Ramana maharshi ?
Tu récites le notre père en voulant démontrer quelque chose mais je vois pas bien quoi.
La chute du paradis c'est justement la connaissance du bien et du mal par la conscience, sans cette conscience ne demeure que l'unité au sein du père, il n'y a pas d'etre humain. Avec la conscience, c'est la chute du paradis, on quitte justement cette unité pour la dualité bien mal, yin yang... et avec cela la liberté qui est le choix justement qui s'offre à l'homme.
Au paradis, avant la chute, il n'y a pas de liberté puisqu'il n'y a qu'unité, avec la conscience vient la dualité, mais aussi la liberté, l'etre se différencie de son créateur et il a la possibilité d'expérimenter, de vivre, de choisir. De la meme façon je ne penses pas qu'il y ait de réelle contradictions entre les différentes religions, toute parle de ce retour à l'unité qui n'est rien d'autre que le père. Mais pour qu'il y ait retour il faut qu'il y ait eu départ ou chute.
PS : Je ne suis pas ici pour défendre une quelconque religion plus qu'une autre, je pense que le Bouddhisme est une voie au meme titre que celle des chrétiens des juifs des musulmans. Ces différentes voies n'ont des contradictions qu'humaines.
Ceci dit je pense que la prière peut fonctionner, comme les mantras d'ailleurs tout dépend du degré de l'etre qui est impliqué et de sa sincérité.Revenir en haut
      
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L***, tu ne fais que réciter ce que tu as appris, et encore, tu t'es gardé d'ouvrir les grands mystiques comme Maître Eckhart ou Ibn Arabi. Tu en es resté au christianisme de masse.
Il n'existe rien de tel que le libre arbitre.
C'est Dieu qui élève et Dieu qui abaisse, plusieurs l'ont répété, et J*** nous montre que c'est même dans le Notre Père.
Bien évidemment, tu ne veux surtout pas le voir, car cela te prouverait que tes mérites ne t'appartiennent pas.
Tu clames tes responsabilités afin de pouvoir t'approprier tes mérites.
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c'est Dieu qui élève et c'est Dieu qui abaisse, oui mais cela ne remet pas la responsabilité de chacun en question à mon sens.
A part çà je ne me sens aucun mérite particulier, si c'est ce qui transparait de mes mails j'ai peur de donner une curieuse vision de moi.
Ensuite je n'ai pas l'impression de réciter ce que j'ai appris mais j'essaye d'exprimer ce qui pour moi peut avoir une réalité au quotidien. Quand tu parles de christianisme de masse, je ne sais pas de quoi il s'agit, effectivement j'ai peu approfondi en matière de théologie, et c'est vrai que je connais à peine les évangiles.
       
   Sujet du message:      
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Ce n'est pas ta bonne foi que je remets en cause, c'est ta sensibilité, ou plus exactement ta capacité à sonder tes propres mécanismes inconscients/projectifs. De toutes façons, sans pratiques spécifiques pour ça, c'est impossible, nous sommes tous logés à la même enseigne.
Tu crois que tu ne t'appropries pas tes mérites, non bien sûr, mais tout de même que tu penses que tu es un peu mieux que celui qui se complaît dans le vice, parce que toi quand même, tu as pris tes responsabilités, tu as été brave et courageux. Si tu voyais un peu plus loin, tu verrais que ce courage n'est pas la tien mais qu'il t'a été donné. Cependant je sais que tu ne peux pas le croire. Cette conversation est stérile dans la mesure où tu raisonnes avec ton intellect, ton émotionnel, mais pas ta sensibilité, c'est-à-dire ton corps énergétique, qui lui n'est séparé de rien. Tu réagis à des symboles, mais tu ignores ta sensation. Si quelqu'un te dit "je te déteste" en te donnant une caresse, tu vas croire tes oreilles.
Si le Démon se présente à toi sous une forme aimable , tu le suivras, et si Dieu se presente à toi sous une forme terrible, tu le rejetteras.
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Non, je ne suis pas mieux que celui qui se complait dans ses vices, d'abord parceque je ne suis pas exempt des memes vices, la seule différence c'est que je sais que sans une décision de ma part, sans un choix clair en vue de dépasser tel ou tel vice, les choses ne changeront pas. Ensuite que je ne puisse pas prendre la décision, c'est un autre probléme, c'est le probléme :"qu'est ce qui m'empeche aujourd'hui de dire adieu à ce vice ?", c'est la question que je me poserai, si je peux répondre à cette question, j'aurais un peu avancé. C'est à dire si j'arrive à voir clairement en moi d'ou vient l'attachement à ce vice.
En attendant je vis avec, en sachant qu'ils sont de ma responsabilité.
Je suis tout à fait disposé à croire que le courage et la force qui permettent de prendre une décision nous sont donné, mais encore faut il qu'on ait fait la place en soi pour les accueillir, et cela c'est effectivment la pratique, mais aussi la responsabilité de chacun.
Je ne pense pas que cette conversation soit stérile, en tout cas pas pour moi. Effectivement je réagis à des symboles, le langage est symbolique, et les symboles renvoient à des sensations.
C'est comme si tu te baladais dans la rue habillée en treillis militaire, avec une mitraillette en bandoulière et que tu t'étonnes qu'on te poses la question de cet accoutrement.Je fais simplement ce que mon bon sens me dit, si je vois dans la rue un type avec un flingue je vais pas chercher à sonder son coeur pour savoir s'il m'aime, je me tire c'est tout.
Tu te balades avec une carapace monstrueuse mais je sais que tu n'es pas différente d'une autre, je ne penses pas que tu veuilles du mal ou du bien à personne, mais ta particularité c'est que tu te balades avec cette carapace monstrueuse alors que tu pourrais avançer simplement habillée du blanc de la neutralité. Alors forcemment ça exite ma curiosité et je me dis mais qu'est ce qu'elle cache là dessous, qu'est ce qu'elle veut nous dire, là Flo ? C'est un peu comme tes muscles, j'ai plutot l'impression que tu t'abrites derrière cette apparence de force de dureté de violence.
      
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Comme le rappelait Eujoca, le meilleur moyen de s'abriter de quoi que ce soit, c'est d'être invisible, ou neutre au minimum (au passage il me paraît que le gris est plus neutre que le blanc), et là, vraiment, on ne peut pas dire que je le sois, ce serait même plutôt le contraire. De plus, on peut dire que si quelqu'un se mouille ici en racontant sa vie qui n'est pas brillante tous les jours, ce n'est pas toi.
Pour le reste, les choses sont ce qu'elles sont, la question n'est pas de savoir le pourquoi de ceci ou de cela, quoiqu'on puisse s'amuser un temps avec ce genre de considérations, mais de savoir si l'on en assume les conséquences, ou si l'on aime mieux se plaindre.
Quoiqu'en réalité, les conséquences ne nous appartiennent pas plus que les causes, en sorte que personne n'a rien à assumer.
Bref, je crois que je vais te laisser assumer seul tes inquiétudes, parce que vraiment, ce n'est pas à moi qu'il faut s'adresser pour ce genre de problèmes.

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   Sujet du message: Du vice     
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Salut L***

Franchement, pourquoi vouloir te débarasser de tes vices?

Ils font partie de toi... Le but n'est pas de se couper de cette putain
de source d'energie que sont les pulsions, même les plus... glauques?

Il vaut mieux apprendre à les convertir...

"Se détacher de" ne veut pas dire abandonner, ou dumoins pas forcemment. Il s'agit de prendre conscience du mécanisme
pour pouvoir ensuite "consommer" ou pas (les vices) selon un choix conscient, donc libre,
et en ca détaché car il n'est plus soumis à l'attachement.

V***
       
  Sujet du message: Vice city     
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Je me répète certainement mais pour moi les dieux, la magie, les lutins, la vie après la mort etc... tout cela n'est qu'une vaste foutaise!

Maintenant si tu me demande si il faut se débarasser de ses vices ou pas, je te répondrais tout simplement qu'il est toujours mieux de vivre dans une société remplie de gens qui ont bien compris le principe selon lequel il ne faut pas faire a autrui ce qu'ils ne voudraient pas qu'on leur fasse... plutot que de vivre dans une société de serial killerz. Mais ca c'est toi qui voit... sachant que quoi que tu fasses, il n'y a ni ciel ni enfer une fois la vie terminée.

De toutes les manière, je crois que la plupart des religions sont fascistes, intolérantes.

Tu es libre de tes actes et seule la société pourra te juger la dessus, tout cela n'a rien de "spirituel".
   Sujet du message: Re: Vice city     
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Epervier a écrit:
il est toujours mieux de vivre dans une société remplie de gens qui ont bien compris le principe selon lequel il ne faut pas faire a autrui ce qu'ils ne voudraient pas qu'on leur fasse...

Hum, si tu ne crois ni en Dieu, ni au kharma, ni aux lutins vengeurs des méchants, ni en la réincarnation, je ne vois pas ce qui t'empêche d'être un serial killer dans une bergerie. Peut être que tes actes vont modifier sensiblement le comportement de la bergerie mais pas rapidement et dans ta perspective qu'est ce que tu en as à foutre des conséquences dans 50 ou 100 ans, tu seras clamsé !
Je le vois à l'endroit où je vis en ce moment, c'est un univers assez bon enfant sur lequel tu peux te nourrir sans probléme et sans conséquence directe. Il est clair pourtant qu'il existe des conséquences indirectes qui peuvent naitre de ce phagocytage mais je n'en récolterais vraisemblablement pas les fruits.
J'ai longtemps considéré comme toi que le "choix en toute liberté" (ie. sans dieu pour nous l'imposer) d'une ligne de conduite cohérent avec la morale uniquement parce que celle ci est plus adapté pour notre bien être était la seule acceptable possible.
Ce raisonnement est faux car : il n'y a pas de choix avec un réel libre arbitre, ce n'est qu'un déguisement de notre culture judéo-chrétienne. Un comportement bon pour la société renforce peut être sa structure et donc sa viabilité à long terme mais ne favorise en rien ton propre bonheur. Il est faux de penser que de te comporter en psychopathe va générer autour de toi d'autres psychopathes.

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Ce que tu ne vois pas, c'est que la conséquence est simultanée. Quand tu agis de telle ou telle manière envers les autres, c'est envers toi-même que tu agis. Il y a un moment où cette perception devient directe. Tu vois que A croit insulter B mais qu'il s'insulte lui-même en réalité, même s'il n'en a pas conscience. Donc à ce moment là, si tu es "courroucé" envers A, ce n'est pas pour l'empêcher de faire du tort à B et jouer ainsi les justicier, mais pour l'empêcher de se faire du tort à lui-même. De même, quelqu'un qui t'insulte ne t'insulte pas toi mais lui, auquel cas ta réaction n'est pas "égotique" mais "compassionnée".
Que beaucoup de gens se servent de cet argument pour masquer des réactions égotiques est une autre histoire.


On ne peut pas dire "je suis quelqu'un de bien" puisque ce serait s'affirmer contre le mal, ni "je suis quelqu'un de mal" puisque ce serait s'affirmer contre le bien. Si on affirme une valeur, on donne à la valeur opposée une valeur finalement supérieure à celle qu'on affirme. Par exemple, la vraie valeur de Sade, c'est le bien. Il n'existe que par l'opposition au bien, le bien est la condition sine qua non de son existence. De même, celui qui a besoin de chasser les démons se définit par rapport au mal et reconnaît implicitement que le mal lui est supérieur.
"L'espoir n'est pas un steak" (morceaux choisis de bavette dans l'aloyau, texte d'une amie, montage réassorti de votre serviteur)

"Par curiosité, je suis allée voir où en était XXX de sa lutte contre la cyberdépendance, et j’ai vu qu’il avait ouvert un nouveau nouveau blog après sa nouvelle nouvelle rechute. Apparemment, il y a une chose qu’il n’a pas comprise : on ne se nourrit pas d’espoir. L’espoir c’est comme la barbapapa, c’est rose, c’est sucré, ça a l’air bon, mais ça colle et c’est surtout du vent. Si on se nourrit de barbapapa, au bout de quelques jours, on commence à avoir très faim.
Tout le monde a essayé de se nourrir d’espoir un jour ou l’autre. Par exemple, quand j’ai commencé le YYY, en 1996, je me disais « Allez, aujourd’hui je prends une bonne résolution, je deviens consciente. Et dans 48 jours ou peu s’en faut, je serai éveillée. Voilà. On y croit. Tout va changer. Je peux le faire. ». Quand je lis XXX, j’ai l’impression de me voir il y a 10 ans. Mais il y avait là une erreur d’analyse fondamentale. C’est que l’espoir est une pensée, contrairement à un steak, ou à un plat de pâtes, par exemple. Et, au bout de 10 jours, on peut bien penser ce qu’on veut, le corps, lui, regarde ce qu’il a mangé entre temps. Et s’il n’a rien mangé, il n’est pas content, et il retourne là où il y a à manger. Donc tout se casse la gueule.
Le problème de nos compulsions, c’est qu’elles nous nourrissent. Si on ne trouve pas de nourriture alternative, il est normal qu’on y retourne, à moins qu’entre temps on se soit habitué à crever la dalle, comme les moines trappistes. Mais alors on vit mal, on est dépressif. Dans les monastères, on appelle ça l’acédie. Bien sûr, on ne cède plus aux compulsions, mais ça ne nous remplit pas pour autant. On est vide, et on ne peut pas se remplir avec de l’auto-satisfaction. Surtout pas, en fait. Car l’auto-contemplation est précisément ce qui empêche Dieu (l’état naturel) d’être présent. On essaie de se remplir de la pensée de soi, ce qui est impossible puisque la pensée est vide, comme le soi, mais le problème c’est qu’en attendant la place est prise, même si c’est par un fantôme.
L’espoir est au fond la même chose que le doute. J’y arriverai, ou je n’y arriverai pas, c’est la même chanson, déclinée sous deux modes différents. Une façon de penser à soi. C’est pour cette raison que les maîtres sont assez peu complaisants envers l’un comme envers l’autre. Qu’on ait l’air tout exalté ou tout malheureux, qu’on s’auto-convainque de ses mérites ou qu’on s’auto-apitoie, il s’agit toujours d’auto-contemplation, de mensonge. Le moi n’a pas d’existence intrinsèque. "
(...)
"On voit bien ce que Castaneda appelle l’auto-contemplation. C’est le fait de jouir de ses émotions/sensations/pensées… jusqu’à en être dégoûté, énervé, et ensuite, jouir de ce dégoût, de cette colère, après quoi on est fatigué donc on dort un petit coup, et dès qu’on se réveille, on recommence ! Là où le processus est le plus visiblement à l’œuvre, c’est dans les émotions. A ce niveau là, ça devient du grand art. Comme le dit Casta, les gens sont tous assis en rond à se retourner le couteau dans la plaie et ils appellent ça du partage. En fait, ils ne partagent rien d’autre que leur auto-contemplation.
N’étant moi-même pas très douée pour les émotions, on comprend que j’aie toujours bien aimé ceux qui ont tendance à s’y complaire, je leur trouvais du charme, en quelque sorte. Pour sûr, ils ont une capacité d’exister supérieure à la moyenne, car c’est bien de cela dont il s’agit : s’auto-contempler pour exister. Malheureusement, personne n’existe, et ne pas l’admettre est la cause de toutes nos souffrances. Plus on s’auto-contemple, plus on existe, et plus on souffre, bien sûr. Le prix à payer pour ne plus souffrir est la cessation de cette auto-contemplation, et c’est un prix que personne ne veut payer."
Commentaires de john :
Je constate que si tu cesses de focaliser sur ce que tu crois être ton bonheur ou ton malheur, ça te délivre de l'obligation de "t'accrocher à ta merde" pour exister, aussi étrange que soit cette situation.
Ou, pour reprendre une formulation non-duelle empruntée à Karl Renz :
“Pas d’échappatoire! Tu ne peux pas échapper à ce que tu es !
C’est l’enfer, et l’enfer est là parce que tu veux en sortir.»
Ce que tu es n'a rien à voir avec ce que tu crois que tu es.
Venir chercher du secours ici - de la mème façon que mon réflexe idiot de croire que je puis t'être d'une quelconque aide - est un repli qui te remet le nez dans le caca.
Tu la joues victime, je la joue sauveur, mais au fond personne n'est dupe.
La meilleure chose à faire c'est celle que je vais faire maintenant : fermer ma bécane et passer ce mardi matin du mieux que je peux, car c'est pas les choses à faire qui manquent.
Bonne journée !
Le choc des pensées

Comprendre que nous appelons nos malheurs (aussi bien que nos bonheurs) afin qu’ils nous tiennent compagnie est une réalisation qui change radicalement la vie. Pour les bonheurs, c’est évident. Pour les malheurs, ça l’est moins, mais sans cette réalisation, nous ne pouvons pas avancer dans notre compréhension.
Prenez un enfant qui a été élevé avec de la bonne nourriture bio. Plus tard, il mangera bio. Prenez un enfant qui a été élevé avec des gâteaux et des sucreries. Plus tard, il aura le plus grand mal à s’en débarrasser. De même, un enfant élevé dans une atmosphère de tristesse ou de violence recherchera plus tard cette atmosphère. Nous sommes tous addict à ce que nous avons connu dans notre enfance. Ricercar soulevait d’ailleurs cette question dans son blog en parlant des enfants élevés dans un pays en guerre. Non pour dire qu’ils veulent forcément la guerre ensuite. Mais pour dire qu’une fois adultes dans un pays en paix, ils se sentent bizarrement décalés. De même, on peut imaginer qu’un enfant élevé dans un taudis ayant eu ses terrains de jeu dans les décharges publiques pourrait ensuite se sentir attiré par ce genre d’endroits. Bref, quelqu’un qui dans son enfance se sera construit autour du rôle de la victime produira dans son âge adulte des situations dont il sera la victime, parce que c’est sa première identification. C’est ce qui le nourrit, et même, ce qui lui plaît. Celui qui s’est construit dans la solitude se débrouillera de même pour se retrouver seul. Si nous regardons bien, nous pourrons constater que nos pires malédictions sont des addictions contractées durant la petite enfance, voire plus tôt. Et, comme de toute addiction, nous n’avons pas très envie de nous en défaire. Ni la possibilité, en tous cas pas à court terme. C’est un peu notre langue maternelle, celle qu’il nous est le plus facile de parler.
Partant de cette constatation, il est très intéressant de l’appliquer à chaque situation. Par exemple, quand ma concierge remue les poubelles en hurlant comme une furie, au lieu de me dire par la nième fois qu’elle me fait chier, ce qui n’a jamais rien arrangé, je peux me demander en quoi ça me plaît de pester contre elle. Et c’est sûr que je vais trouver. C’est ma façon d’exister à ce moment. De me sentir en contact avec moi-même – ou le monde, ce qui est la même chose -. La plupart de nos contacts sont assez durs – sans doute parce que nos parents ont appris très tôt à nous contrarier, ce qui d’ailleurs est une bonne chose, sinon nous ne nous serions jamais différenciés d’eux. En fait, si l’on y réfléchit, les deux formes de contacts que l’on peut avoir avec le monde en tant qu’individu sont le conflit et la satisfaction – qui d’ailleurs ne peut pas durer. Et notre forme de conflit privilégié sera la forme que nous aurons apprise dans notre petite enfance. Pour en revenir au quotidien, nous expérimentons des conflits sans cesse. Souvent, les éléments en sont apparemment extérieurs, mais on peut toujours les résumer à « moi et ma pensée ». Moi et ma pensée de ma concierge qui fait du bruit. Moi et ma pensée du froid qu’il fait. Moi et ma pensée du ministre insecticide… Le principe est qu’il y a toujours un choc entre les deux, et que ce choc est précisément ce que nous recherchons.
On va me dire que si on me tire dessus, ça ne sera pas une pensée. Je répondrai que s’il n’y a pas de pensée associée, l’expérience sera sans problème. Mais qui veut d’une vie sans problème ? C’est par les problèmes que nous existons. Bref, si lorsqu’un problème s’élève, nous examinons les sensations qui lui sont associées, et si nous nous libérons de la croyance que nous voulons nous en débarrasser, nous allons retrouver des choses extrêmement familières. Ce matin, a contrario, j’entendais des gens gueuler dans le cour pendant que j’étais dans mon lit, mais, par un fait extraordinaire, c’était une sensation inhabituelle en la circonstance, quelque chose de tout à fait jouissif énergétiquement. Et là, fugitivement, j’ai vu la déception qui l’accompagnait. « Quoi ? Je ne peux même pas m’énerver contre ces connards ? Que vais-je devenir si ça continue ? ». Quand on est addict au choc produit par deux pensées, ça n’est pas si facile de s’en débarrasser. Ces chocs, nous en créons à chaque instant. « J’ai faim / Oui non mais j’ai la flemme d’aller me faire à bouffer / Tu fais chier avec ta flemme / En plus il te manque 300 calories aujourd’hui / Demain quand tu vas te peser tu auras encore perdu 200 grammes / Oui mais j’ai sommeil / La cuisine ou le lit ? Grave dilemme / Putain de perrok qui gueule / Je vais en faire une brochette / Je ne dois pas m’énerver / ça m’énerve de m’énerver… ».
Si je crois que je ne veux pas de tout ça, vraiment je suis foutue.